Le 8 juillet 2009, par Annie,
Presse concernant le livre « Le sentiment de la psychogéographe » écrit et publié en mai 1993 avec l’aide de la Fondation Pour le Progrès de l’homme ( Léopold Meyer) Paris.
Presse concernant l’Atelier de Création Radiophonique "La folie hors les murs, Chronique de la folie à Bondy" produit par Françoise Seloron sur France Culture , 1995,
1993 : « Espéral » n° 5 bulletin CGT hôpital des Murets
15 juin 1993 : « Ouvertures » journal de 1’Etablissement Public de Santé de Ville- Evrard.
15 juin 1993 : « Vie Sociale et traitement » revue du champ social et de la santé mentale CEMEA, Maurice Mallet.
Octobre 1993 : « Psychologies et Psychologies » n° 114, bulletin du syndicat national des psychologues, Emmanuel Garcin.
Novembre 1993 « Psychologies » n° 114, mensuel, lsabelle Taubes.
1993 « La psychanalyse en Europe » n° 3, revue Internationale de psychanalyse éditée par ERES, Frédéric de Rivoyre.
11-17 août 1993 : « Globe Hebdo », le choix de la Hune.
Mars 1995 : « Extra-muros, chronique de la folie à Bondy » Atelier de Création Radiophonique 20H30 - 22H30, produit par Françoise Seloron.
6 mars 1995 : « Le Monde Radio / Télévision, Armelle Cressard
11 mars 1995 : « Libération » rubrique « Vous, le journal de la vie quotidienne », Eric Favereau.
11 mars 1995 : « La semaine de Radio France » n°97, Chantal Gayet-Demaizière .
11 mars 1995 : « Télérama » Martine Lecoeur
Mai 1998 « Psychologues et Psychologies » n° 142, Pascal Le Malefan.
PAROLES :
(...) II y a des mots qu’on aurait mieux fait de ne jamais utiliser. Avec le temps ils prennent un sens incroyable et se retournent contre nous. Quels mots ? Le mot secteur, ce mot inventé, il y a longtemps, pour dire que nous travaillons avec les gens. Près des gens. Secteur comme tiens bonjours ! Joli temps pour la pêche. Hier j’ai compris que la sectorisation est devenue une technique de découpage administratif. Sécateur. Dans tel secteur vous avez tant d’infirmiers. Dans tel autre, ils en ont moins, on déplace. Imagine la valeur qu’a pris notre travail avec un tel détournement de langage. Rendez nous le secteur ! Rendez nous l’histoire en train de se faire ! Des traces, des rythmes. La parole. Ce qu’elle lie, ce qu’elle laisse.(...)
(Extrait de « Le sentiment de la psychogéographe » d’Annie Vacelet. Ed. By Tarika. L’auteur sera présent sur le stand de la CGT lors du trentenaire)
( Espéral)
LE TEXTE QUE J’ECRIVAIS EN 1991 EST DEVENU UN LIVRE :
En banlieue Est de Paris dans un service de psychiatrie, au fur et à mesure apparaissent sur des cartes les parcours de paroles très anodines, des passages en même temps qu’une chute, des systèmes d’appel, de résistance, des inventions liées a la douleur psychique. Tout ce qui reste à faire, comme il faut faire tons les jours, pour que "ça" tienne : 1’ouvertureen un centre ^ la parole, dont la parole précède dans la rencontre.II faut écouter et beaucoup écouter ce que ça fait d’écouter. En mille traits aussi bien qu’en deux ou trois rythmes, je cesse d’être psychanalyste.C’est de la psychogéographie. Comment dire ? faire exister de la santé, ne serait-ce pas ne jamais finir de finir la réalit. Le temps d’une heure, d’une année, d’un instant.
Le sentiment de la psychogéographe, édité by Tarika, sera distribué au comptoir de vente des éditions Matrice : librairie « Le Scarabée » rue de la Montagne Sainte Geneviève, Paris V°et dans le XIX° arrondissement à la librairie Laumière, métro Laumière.
Des extraits de ce livre ont été publiés en 1991 et 1992 dans les revues Chimères et Les Lumières de la Ville : 1’auteur en a lu deux pages au cours d’une soirée Polyphonix, au Centre Georges Pompidou en hommage à Félix Guattari. Un atelier radiophonique de création sur France Culture doit s’élaborer dès septembre, à partir du contenu de ce livre. ( Ouvertures)
LE SENTIMENT DE LA PSYCHOGEOGRAPHE :
« EST-CE QUE JE VAIS ME RECONNAÎTRE DANS CE QUE TU ÉCRIS ?"
J’ai travaillé dans les lieux, j’ai travaillé les lieux eux-mêmes je les connais. J’ai travaillé avec Annie, le « faire » pour le « dire », le « dire pour le faire », nous avons appris ensemble, nous nous connaissons !
Son écriture fait scandale.
Elle est en soi une révolution douce, mais une révolution quand même, ou pour le moins un passage à l’acte.
Ne croyez pas qu’elle soit l’interprete de ce qui se vit dans un lieu de soin. Même devant la nécessité des urgences douloureuses qui traversent cet espace, elle ne cède pas la place à l’interpretation. Elle est acteur.
Culturellement, son travail est une « oeuvre ». Conquérir un impossible à être n’était pas à priori dans ses cordes.
Annie a su dépasser l’outrage des réminiscences pour faire accéder tout le monde au « je ». Pas seulement dans son livre mais aussi dans son travail. Se coltiner le quotidien, c’est quelque chose.
Ce sont de vraies histoires, tissées sur l’espace de la vie, qui mettent en rapport des enjeux étonnants, la perception d’Annie c’est un quart de ton (qui n’existe pas, dit Daniel) au-dessous de la réalité : c’est un lieu fragile qui unit l’être fou à l’être...
Urgence, réflexe, comment sauver parfois une situation, une vie et une situation ? Elle s’explique de l’ensemble, en passant par des détails. C’est concret parfois et les moyens qu’elle se donne pour éviter à l’autre d’en finir avec la vie sont des moyens de professionnels.
Annie a glissé d’une structure de soin à une autre.
Elle a vu et ne se contente pas de témoigner.
Elle décrit la simplicité des mots après un coup de rasoir, où tout se banalise autour de petits gâteaux.
Elle décrit ce qui reste dans l’âme de tout ceux qui bossent auprès de ceux qui souffrent.
Ce qui reste nous tient en éveil, nous empêche d’être totalement dans la névrose ordinaire.
Nous sommes dans l’extraordinaire d’une névrose incontournable, celle de ceux qui en savent long et qui ne savent pas quoi en faire, si ce n’est un LIVRE.
« Ce que tu dis restera secret ! » Voilà !
Maurice Mallet
(Vie Sociale et Traitement )
LE SENTIMENT de la psychogéographe. Annie Vacelet. By Tarika, 1993.
FAIRE ÉTAT DE SES CONVICTIONS, DE SES EFFORTS POUR RÉVEILLER L’IMAGINATION LÀ Où LA PEUR DE L’IMAGINAIRE RÈGNE, SANS MANQUER DE STYLE, N’EST PAS UNE MINCE AFFAIRE.
Annie Vacelet s’y est employée dans un livre sur son expérience de bientôt 18 ans de psychologue-psychanalyste dans un service de psychiatrie. Un livre qui tente de rendre sensible le sens de la poésie, l’attention aux inventions liées a la douleur psychique, le pistage des parcours de paroles qui prennent leur importance d’être suivies à la trace, 1’ecoute et ce que ça fait d’écouter. C’est un livre qui avait besoin d’être écrit. II 1’a été. Faute d’éditeur, il est en dépôt dans plusieurs librairies parisiennes spécialisées. Les esprits curieux peuvent également se le procurer chez l’auteur.
Emmanuel Garcin
(Psychologues et psychologies)
LE SENTIMENT DE LA PSYCHOGEOGRAPHE Une psychologue tente de faire tomber les murs de l’hopital, pour écouter vraiment la souffrance psychique. By Tarika 156p
(Psychologies)
LE CHOIX DE LA HUNE
A. Vacelet, le Sentiment de la psychogéographe
By Tarika 155 pages
(Globe)
NOTRE AMIE Annie Vacelet dont aucun de nos abonnés n’a été surpris qu’elle reprenne un terme usité des situ pour le titre de son bouquin, à savoir "psychogéographe", notre amie Annie Vacelet va donner de la voix à la radio. Atelier de recherche et de création radiophonique, sur France Cul, un de ces jours, elle nous préviendra je suppose.
Dominique Meens
(Science et vie)
ANNIE Vacelet, Le sentiment de la psychogéographe,
Annie Vacelet n’a pas froid aux yeux. Quand son regard de géographe se pose sur vous, on se sent comme délivré du poids des faux-semblants et des simagrées qui accompagnent ordinairement les relations dites sociales. II y a de la fougue dans le personnage, mais c’est son exigence qui frappe d’emblée.
Son livre est donc un travail qui cache derrière un style enlevé, parfois proche du style éclaté du Nouveau Roman, une exigence de pensée portée jusqu’à l’extrême de ses capacités.
Avant de parcourir le secteur géographique où elle nous entraîne, au chevet (ce qu’on appelle la clinique) de ceux qui souffrent de ne pas toujours avoir les mots pour dire et pour exister, Annie Vacelet a vu du pays. De son Jura natal à Bondy-Seine-Saint-Denis, elle a traversé la géographie des idées et des pensées, du Mexique à la Bourgogne, au côté des rêveurs, philosophes, peintres, poètes qui marchaient et qui marchent encore vers de nouvelles pensées. Après avoir traversé 1’antipsychiatrie, plongé dans la psychanalyse et donné son temps, ses forces et son exigence au secteur, à la psychiatrie publique la plus honorable, elle nous livre un morceau de chair psychique, une description qui parle du plus près de la souffrance et de 1’angoisse de vivre dans ce drôle de travail qui consiste à écouter, tous les jours, tout le temps, partout.
Annie Vacelet écrit comme si demain était trop loin : il faut arriver à tout dire, tout montrer : il y a la ville, la banlieue, son espace chaotique et son histoire qui affleure par endroit, 1’histoire des premiers cheminots, la forêt d’autrefois, les potagers perdus, les maraîchers, et puis il y a 1’équipe des « soignants » les infirmiers, les médecins, les psychos, tous saisis dans leur singularité, tous vivants ; et puis encore avec ceux-la : les patients qui débarquent de leur difficulté à être et qui en mettent un peu, là où ça passe, là où ça tient encore. Et puis les structures, 1’hopital, la DDASS, 1’Etat, la mairie, le pavillon, le centre d’accueil, 1’association...
Et puis encore il y a Tennessee Williams, Artaud, Rilke, Machiavel, Antigone, et Freud bien sûr, et certainement Lacan.
Ce n’est pas en effet la moindre des gageures de ce livre que de porter la marque de l’exigence à laquelle tout psychanalyste doit se rendre, à savoir : chercher à rendre compte de son acte. C’est là, sans doute, ce qui me touche le plus dans le travail d’Annie Vacelet.
Elle investit un espace vide, jusque-là semé de quelques meubles vieillots et nauséabonds, que l’on nomme la clinique psychiatrique. L’invention et la mise en place du secteur en psychiatrie ont en effet depuis longtemps renvoyé aux oubliettes des universités médico-psychologiques, les anciens concepts de la clinique psychiatrique ; s’il est bon de les avoir connus, force est de constater leur totale inutilité dans la pratique quotidienne du secteur.
« Nous sommes dans l’oeil du cyclone des structures, là où la structure n’a qu’a bien se tenir ! Elle fait une drôle de binette à cet endroit-là, il faut voir les bouts de ficelle » (p.90).
Or, jusqu’à ce jour, il n’existait pas, à ma connaissance, de travail permettant de penser la complexité de la clinique psychiatrique de secteur. Le livre d’Annie Vacelet en est le premier exemple. Et ce qu’il m’apparaît essentiel de souligner à ce propos : c’est que cette pensée doive tant à l’oeuvre de Lacan. Autrement dit : il n’y a pas pour l’instant d’autres manières de penser le travail du secteur que d’en passer par le travail de relecture de Freud initié par Lacan. Il n’y a pas, à ce jour, de meilleurs repères que les catégories de Symbolique, d’lmaginaire et de Réel pour penser le quotidien du secteur !
Ce travail de nomade dans la géographie des pensées démontre ainsi qu’il subsiste encore, après le grand décapage, un avenir à la psychanalyse, pour peu que les analystes y mettent autant de coeur à l’ouvrage qu’Annie Vacelet.
« C’est avec le rêve, le travail du rêve qu’on va s’en sortir » (P. 144).
F. de R.
(Revue Internationale de psychanalyse)
« EXTRA-MUROS, CHRONIQUE DE LA FOLIE À BONDY » Atelier de Création Radiophonique dimanche 12 mars de 20H30 à 22H30, produit par Françoise Seloron.
Au départ il y a la démarche d’une équipe de psychiatrie "hors des murs" de I’asile et sa présence dans la ville, à Bondy, banlieue Est de Paris.Et puis le texte d’Annie Vacelet, l’une des "psy" de l’équipe, écrit à partir de paroles entendues, dedans et dehors, paroles d’infirmiers, de psychologues, de médecins, mais aussi paroles des patients, des amis, nouées à sa propre réflexion, sa propre vie, son propre cri. "On ne travaille plus avec les murs, vous savez, les vieux murs mais avec des repères qui existent et aussi des repères qu’on trouve en nous".
Le temps d’une émission de radio, se faufiler dans les pages du livre et tenter d’y faire vivre les pulsions, les émotions qui s’y cachent. Y mêler les voix "a vif" des soignés et des soignants, et celles, anonymes, de quelques habitants de Bondy. "Au fur et à mesure apparaissent les parcours de paroles très anodines, des passages en même temps qu’une chute, des systèmes d’appel, de résistance, des inventions liées a la douteur psychique... Il faut « écouter et beaucoup écouter ce que ça fait d’écouter".
Explorer les cris et les chuchotements, les brouhahas et les silences, les zones d’ombre et les fulgurances où "travaille" le soin psychiatrique, où circulent la parole- et l’écoute de l’autre. Prendre le risque de la déchirure . Capter, "recoller les morceaux" et transmettre le va-et-vient des mots et des voix où filtrent la souffrance, mais aussi les instants de plaisir, et les grandes interrogations sur le monde, l’actualité, la vie, la naissance, I’amour, l’exclusion, la mort.
Bien sûr, la ville aussi est là.présence pas toujours rassurante d’ailleurs, avec sa circulation, ses bruits de chantier, ses camions qui freinent au feu rouge, avec le canal de l’Ourcq et la Nationale 3 qui coupent Bondy en deux. Et le regard des autres, le mal-vivre des autres. Comment mettre a distance cet outil de protection que représentent les murs de l’asile et apprendre à apprivoiser le "dehors", malgré la violence et les difficultés qui l’entourent. Car c’est dans la cité que la psychiatrie publique a choisi de s’exercer aujourd’hui.au plus près des lieux où vivent les patients, ou nichent leur histoire et leurs repères, dans des unités de soins disséminées dans la ville, une villa entourée d’un jardin (l’hôpital de jour), une grande maison derrière la place de l’église (le centre de post-cure), des studios et appartements dans plusieurs cités HLM, et un "centre d’accueil et de crise" qui fonctionne 24 heures sur 24, alors que la" maison-mère", I’hôpital de Ville-Evrard est peu à peu abandonné .
Texte : "Le sentiment de la psychogeographe", d’Annie Vacelet ( by Tarika). Extraits lus par l’auteur et par Bernadette Le Saché, comedienne.
Françoise Seloron
(Radio France)
France Culture - Dimanche - 20.30.
PSYCHOGÉOGRAPHIE.
Dans les années 60, la psychiatrie rompt avec l’enfermement des « fous » et ouvre les portes des asiles, développant ce qu’on a appelé la psychiatrie de secteur : les structures se sont multipliées dans la ville — hôpitaux de jour, appartements thérapeutiques, diverses annexes, et « maisons-mères » plus ou moins lointaines. Les malades mentaux y ont certainement gagné ; l’Etat et la société, eux, se sont souvent acheté une bonne conscience, se déchargeant toujours davantage sur les équipes soignantes qui s’épuisent à jongler avec des moyens insuffisants et des politiques indifférents, et récupèrent de plus en plus d’exclus de la société.
A Bondy, c’est la ville, défoncée par les chantiers, qui semble folle, ou tout au moins les bruits des machines et de la circulation qui la font paraître telle. Cet Atelier de création se déroule dans un va-et-vient constant entre cette réalité sonore éprouvante et les lieux dispersés où l’on retrouve malades et soignants. Lieux de paroles, d’échanges, d’humanité. Les langages s’enchevêtrent. ne se rejoignent pas toujours : il a celui d’un livre (Le Senti- ment de la psychogéographe, editions Tarika), écrit par une psychanalyste de l’équipe, Annie Vacelet, aux accents trop durassiens : celui de la même, mais vivant, pertinent, qui secoue les consciences, bonnes et mauvaises ; celui du médecin-chef. Guy Baillon, qui donne sa cohérence au travail entrepris, liant le concret à « l’esprit d’utopie », et celui des patients qui parlent souvent « à côté », allant de la leçon apprise à la pure poésie.
De cette émission, on retiendra surtout le découragement et la révolte d’Annie Vacelet devant l’envahissement du social — « en plus de la souffrance, on doit endosser la pauvreté et le chômage » —, et sa crainte que la psychiatrie de secteur, sans le relais du monde du travail et de la société, ne « recrée des ghettos dans la ville, plus joyeux peut-être, mais... ». Et aussi la belle « utopie » de Guy Baillon qui voudrait « des mètres carrés et des hommes en quantité suffisante », et pouvoir préserver l’essentiel : « l’innovation » .
Martine Lecoeur
(Télérama)
ECOUTER Dimanche de 20h30 a 22h30, sur France Culture.
« Extra-Muros », chronique de la folie a l’asile de Bondy, banlieue Est. Une émission de France Culture. Paroles entendues dans l’asile, hors l’asile, paroles d’infirmiers, de psychologues, de médecins, mais aussi paroles de patients, d’amis. Avec des extraits du livre d’Annie Vaceiet Ie Sentiment de la psychogeographe, édité by tarika
(Libération)
CHRONIQUES DE LA FOLIE RENDUE A L’ORDINAIRE... Atelier de création radiophonique.
A Bondy, à l’est de Paris, la folie se vit Dors les murs, se promène dans la ville, prend la parole et la partage, et apprivoise -depuis vingt ans- le monde du dehors, des autres, de la rue, des commerces et des bistros... La folie ? Mais quelle folie ? Appel à témoignage...
Ce n’est pas à un éloge de la folie, façon Foucault, que nous convient aujourd’hui Françoise Seloron et son équipe, mais d une sorte d’intrusion promenade, à la fois simple et intimiste, dans les lieux de vie et de parole où patients et soignants, habitants et amis, affrontent ensemble la souffrance, mais aussi les instants de plaisir, de découverte de soi-même et d’autrui, et les grandes interrogations sur le monde. Ici et là, comme en écho, quelques pages du livre écrit - à partir de paroles dites et entendues - par l’une des psy de l’équipe (*). « Pour bien parler de ce que nous faisons » affirme en effet Guy Baillon, psychiatre et médecin chef du secteur, « il faut être poète. Car si l’on prenait le mot à mot des paroles des patients, quelle merveille... ! Richesse de spontanéité, mots justes, perspicacité à notre égard, causticité, lucidité dans nos propres inconscients... Si on n’est pas poète, on ne sera pas bon thérapeute. Parce que l’on ne va pas avoir cette capacité de jouer, d’être une sorte de tissu qui frissonne devant tel rayon de lumière et qui renvoie des tas de choses... C’est pourtant de cela dont il s’agit. »
Ici, à Bondy, la folie perd son masque d’angoisse et d’effroi et les rapports sont ceux de respect, d’attention affectueuse, de calme et de douceur.
La folie ? Mais... quelle folie ?
Dedans, dehors, collective et au plus intime de 1’homme, elle est d’abord une différence à laquelle - ici et là - il faut apprendre à consentir.
Chantal Gayet-Demaiziere
(*) le Sentiment de la psychogéographe. Annie Vacelet ( By Tarika)
(La semaine Radio-France)
Chroniques de la folie à Bondy : France-Culture 20h30
FAIRE DISPARAÎTRE LES MURS.
Quand un jardin de curé entouré d’une barrière bleue devient un laboratoire où s’invente la psychiatrie de demain.
A l’origine, un cri !Un livre en forme de cri : le Sentiment de la psychogéographe (1), d’Annie Vacelet, membre d’une équipe de psychiatrie « hors les murs » à Bondy, banlieue est de Paris. Paroles « à vif » de soignés et de soignants : « On ne travaille plus avec les murs, vous savez, les vieux murs, mais avec des repères qui existent et aussi des repères qu’on trouve en nous. » Bouleversée par cet ouvrage, la productrice Françoise Seloron a voulu comprendre ce que signifiaient les mots folie, déchirure, dedans et dehors. Elle a d’abord feuilleté les pages du livre une à une, puis abandonnant le texte, elle a rencontré les habitants de Bondy, les bien-portants comme ceux qu’on dit fous, elle les a longuement écoutés.
Au dix-neuvième siècle, la seule façon de soigner les malades mentaux était de les enfermer dans des hôpitaux en forme de prison comme celui de Ville-Evrard dans la Seine-Saint-Denis. Aujourd’hui, la psychiatrie publique et sectorisée se pratique de plus en plus dans des petits centres de soins disséminés dans la ville. A Bondy, il y a une villa entourée d’un jardin avec une barrière bleue qui sert d’hôpital de jour, une grande maison près de l’eglise transformée en centre de post-cure et puis des appartements dans des cités HLM où vivent certains patients. Ceux qu’on appelle « les malades » passent sans cesse du dedans au dehors, et du dehors au dedans, pour bien se prouver que l’enfermement n’existe plus. Ils traversent la ville, prennent l’autobus, sans trop se soucier du regard des autres. Ils vont au café-tabac acheter leurs cigarettes et discuter avec des copains comme tout le monde. Dans le jardin de la grande maison, ils invitent parfois les voisins à prendre l’apéritif avec eux.
Un vieil immigré italien raconte comment était la ville dans les années 20 : un petit village perdu au milieu de la grande forêt de Bondy et il y avait même une scierie à la place du supermarché. Maintenant il n’y a plus de forêt, mais une banlieue bruyante déchirée par une nationale encombrée de camions. Pour rendre compte du contexte urbain, la productrice a donné volontairement à son reportage un arrière-plan tissé de brouhaha et de grincements de freins qui agace et gêne l’écoute.
Au-dela du bruit, les malades parlent d’amour et de guérison, les soignants parlent d’autonomie, de repères et de lien social, mais certains d’entre eux racontent leur lassitude. Intéressant.
ARMELLE CRESSARD, (Journal Le Monde)
(1) Le Sentiment de la psychogéographe, d’Annie Vacelet. Ed. Tarika, 156 p
(Le Monde)
Annie Vacelet, Le sentiment de LA PSYCHOGÉOGRAPHE, Paris, By Tarika , 1993.
Les psychologues n’écrivent pas assez, lit-on souvent. Ce livre est là pour prouver le contraire. II est avant tout une aventure d’écriture faite par une psychologue qui, pendant une année, a été payée par la Fondation pour le Progrès de 1’Homme pour rapporter la chronique de ce que d’autres font, disent, là où ils errent, souffrent, travaillent. Ces autres sont les soignants et soignés du 14eme secteur de psychiatrie de Paris, dans la banlieue nord-est. Le style emprunte au nouveau roman ; il y a du Claude Simon chez Annie Vacelet.
II ne faut pas chercher dans ce livre d’exposé théorique sur !a psychose. Les références n’en sont pas pour autant absentes. Lacan est souvent cité, Lévi-Strauss aussi.L’auteur se positionne donc et signale ses appartenances.II s’agit plutôt d’une dérive, lente, comme, peut être, le temps de la psychose et des institutions qui 1’accueillent.Mais avec parfois des accélérations dans 1’ecriture même : dia- logue entre soignants, interpellations, récit de moment délirant, critique de 1’administration, dénonciation du sort de la psychiatrie.Cette phrase par exemple, supposée venir d’une infirmière : "Et ces thérapeutes confirmés, patentés qui font comme si de rien n’était ! Bientôt, en réunion, on en sera à analyser la différence entre les silences. Ça dégonfle le petit personnel ! Aujourd’hui, je leur ai dit : vous ne parlez que des patients.II faut parler des soignants, des états paniques des infirmiers." (p. 112)
On pourra être amusé, ou agacé, de rencontrer à plusieurs reprises une image plutôt critique du psychologue et de ses prétentions. A moins qu’Annie Vacelet se moque un peu d’elle-même, grâce à cette position d’extériorité de 1’écrivain- observateur. Elle se dit en la circonstance « psychogéographe » explorateur d’un territoire connu mais qu’elle redécouvre parce qu’elle en écrit les contours. Une pratique de la lettre qui transforme le sujet lui-même.
La dérive du texte évoque irrésistiblement la dérive d’une psychiatrie perdant ses repères, ses idéaux. La dénonciation est ici féroce et 1’écriture militante. La question est alors de savoir comment Annie Vacelet a-t-elle pu redevenir psychologue après cette expérience de voyage/voyure « au [bien triste] pays de la psychiatrie » ?
Pascal Le Malefan
(Psychologues et Psychologies)