Présentation et extraits du livre "Délimitation d’un corps. Journal d’une psychologue en banlieue"

Le 18 septembre 2009, par Annie,

Bonjour,

Je re-publie "Délimitation d’un corps. Journal d’une psychologue en banlieue." Des extraits de ce livre apparaissent sur le site : http://www.vacelet.org

Si vous voulez l’acheter directement, envoyez-moi un chèque de 13 euros libellé à mon nom : Annie Vacelet-Vuitton 11 rue du Rhin 75019 Paris

Pouvez-vous, si vous le souhaitez, faire suivre cette information à vos amis ? Merci et à bientôt. Annie Vacelet-Vuitton

PS : À partir du 2 avril 2010, je ne serai plus en mesure de vendre mon livre sur ce site. Ne m’envoyer pas de chèques, et contacter la Librairie " La Lucarne des écrivains" rue de l’Ourcq Paris 19ème.

— "Délimitation d’un corps. Journal d’une psychologue en banlieue", 2e édition corrigée, éd. By Tarika, Paris 2009, 107 pages

— n° isbn : 978-2-9508179-2-1

— n° siret : 394 336 242 000 18

Ces textes professionnels mais aussi personnels, sont les plus précieux que j’ai écrits depuis 1975, date à laquelle l’aventure du Secteur psychiatrique a commencé. Il était alors question, pour ma génération, de s’engager à transformer l’hôpital psychiatrique, à le rendre plus humain en inventant une nouvelle clinique, hors les murs. Cette « révolution » reste liée aux réflexions de Franco Basaglia en Italie, de David Cooper et Ronald Laing en Angleterre, de Félix Guattari, Maud Mannoni en France, et bien d’autres…

Annie Vacelet pratique la psychanalyse, écrit et réalise des films. Elle a participé à la création de nombreux lieux de soins. Par où est-elle passée pour interroger, transformer et améliorer l’institution ? Où a-t-elle trouvé les appuis nécessaires ? « Des choses ont pris, un sillon s’est creusé, un parcours, une esthétique de travail et de vie. Le mouvement de 1968 y est peut-être pour quelque chose ». Daniel Loriot, sociologue.


SOMMAIRE :

PROLOGUE
— 2007. Comment se faire un corps ?

ACTE 1- ACTE 2
— 1989. Not des Lebens
— Annie arrive en ville
— Annie construit la ville toute seule avec ses copains
— Le manifeste du 22 mars
— Laborde

ACTE 3
— 1986. Quand les enfants sont comptant de parler
— 1991. Mots de passe
— 1996. Monsieur M ou l’impossible du Symbolique
— 1996. Qu’en dit la montagne ?
— 1994. La départementale 937

EPILOGUE
— 1985. Bondy-Paysage 1
— L’enfant éthiopien


EXTRAITS :

2007 - Comment se faire un corps ?

J’ai participé à la création de plusieurs lieux de soins : un hôpital de jour pour adultes, un centre du soir et un centre médico-psychologique pour enfants à Bondy ; un centre communautaire d’accueil et de soins pour adolescents à Vincennes. J’ai aidé au renouvellement des soins dans un centre de jour pour enfants et dans un centre psychothérapique ouvert à tous 24h/24.

Par où suis-je passée pour interroger, transformer et améliorer l’institution ? Où ai-je trouvé les appuis nécessaires ? Le mouvement de 68 y serait-il pour quelque chose ? J’ai fait en 68 une des expériences les plus fortes de ma vie, celle d’une prise de parole collective. Ce n’était pas un rêve. L’esprit de ceux qui, comme moi, ont été émerveillés par l’émergence d’une parole si particulière existe. Un sillon s’est creusé : un parcours, une esthétique de travail et de vie.

Aujourd’hui, l’expérience continue ; je rassemble des textes publiés dans ces années d’effervescence.

Ghislaine Fora, dans un de ses films, me questionne :
— Annie… aujourd’hui, vous présentez la nouvelle Qu’en dit la montagne ? Votre premier texte était Le Sentiment de la Psychogéographe ?
— Le premier texte relié quand on commence à mettre du scotch pour tenir les pages ensemble. Avant j’avais publié dans des revues.
— C’était des revues professionnelles ?
— Oui.
— On a l’impression que quelque chose se dégage de plus en plus de votre force poétique.
— Oui ? C’est gentil. Vous avez dit “ force” ?
— Qui se dégageait déjà dans Le Sentiment de la Psychogéographe que j’avais trouvé très poétique et politique, professionnel et personnel en même temps, avec des moments de votre vie personnelle, j’ai bien aimé.
— Ce n’était pas ma vie, c’était une vie. Le personnage dit “je” mais c’est un personnage fictif que j’ai reconstruit à partir d’infirmières, de psychologues, de médecins, ce n’est pas exactement ma vie. J’ai utilisé “je” pour que ce soit plus lisible… Je suis solidaire de ce personnage féminin qui consacre sa vie à soigner et à réinventer l’institution au jour le jour, cette professionnelle dont on ne parle pas dans les hautes sphères où se trouvent pourtant ceux qui ont à charge de penser l’institution. Il faut penser l’institution pour qu’elle soit moins inhumaine. Ce travail se fait à la base. On est obligé de penser sans cesse le lien entre nous - les équipes, les malades. Le lien est ce qui se défait le plus facilement avec les gens qui souffrent psychiquement, ils se referment sur eux-mêmes et ce qui est brisé, mis en échec, c’est le lien, ce qui lie les gens les uns aux autres. J’ai rêvé que toute cette pensée sur l’institution pourrait être mise en circulation, que les politiques nous écouteraient, mais non… Comme je n’étais ni écoutée ni reconnue, j’ai bénéficié de beaucoup de liberté.

J’emprunte toutes sortes de chemins, troue, détourne, sculpte, me fraye un passage au travers de ce qui lie ou pas les mots aux choses. Et merci les poètes. Sans eux, je crèverais... Dans le grand trafic, je voyage sur des bulles bien plus légères encore que le désir. Je passe d’un monde à l’autre, je tiens les mondes ensemble, sans les enfermer dans une forme unique. Je m’ouvre aux mille possibles du Nous. Je m’efforce de construire une réalité habitable.

Comment fait-on cela ?

1 - On apprend à faire avec la folie, les psychoses, la folie du monde et l’impossible de la métaphore. On essaye de se représenter comment on se représente les choses sans la métaphore.

2 - On trouve une autre façon de parler. L’Autre n’est pas seulement du langage. L’Autre est corporéité. Et je dois apprendre à me faire un corps.

3 - Me faire un corps ? Quel corps ? Avec Le Sentiment de la Psychogéographe, le premier livre que j’ai écrit - une performance hardcore qui a duré un an - je prends en charge le gluant de l’institution, le lien, le liant, les coulures. Je navigue, je tire des bords dans la sauce sociale, j’assume les changements d’intensité, les traversées du désert, les accélérations, les ruptures, l’informe, l’in-fini de la vie. Je voulais me rapprocher d’un premier objet-Chose, qui n’est pas un objet mais un monde en train de naître.

À l’inverse, dans Délimitation d’un corps, je rassemble les morceaux d’un corps déjà constitué, déjà publié dans des revues entre 1975 et 1997.

Il ne s’agit pas d’un récit autobiographique ni d’une reconstruction. Pas de réminiscences, pas de souvenirs… Ce que je veux, c’est agencer des séquences en mettant en jeu, à l’intérieur de chaque séquence, une mémoire du devenir, « ce qui chute dans le passé tout en s’élançant vers le futur » avec des répétitions - la répétition n’est pas inutile, « elle sert à arracher de la différence à la pulsion de mort. »

Je veux voir ce qui s’est inscrit, la positivité du chemin accompli. Le pari de ce deuxième livre est de faire surgir une vérité sur le temps qui passe. Et c’est en rassemblant ces textes que je sais, dans l’après-coup, ce que je faisais, ce que je disais.

Une figure se dessine, celle d’un désir qui m’est propre, traversé par des aspirations collectives.

Juste après 1968, nous ne pouvions pas retourner dans l’institution telle qu’elle s’offrait à nous, il nous fallait penser autrement, il nous fallait plus de liberté de pensée, de parole, de mouvement. Nous avons lutté contre l’enfermement asilaire, l’enfermement de la folie dans la maladie mentale. Moi, je défendais le droit à la folie pour tous, un peu de fantaisie pour tenir contre les rituels institutionnels. La folie individuelle me touchait, je voulais que la société entière se laisse toucher par la folie. Je rêvais. En tant que femme, je luttais contre l’enfermement des femmes dans l’hystérie et la psychose, l’enfermement dans le corps. J’attendais avec impatience l’avènement de la parole des femmes. L’ensemble de ces textes cliniques, théoriques et fantastiques ne décrit pas seulement le parcours d’une psychologue fin de siècle happée par l’institution et flouée en amour (très forte en désamour), prise dans le discours social, lui-même agité de mouvements pulsionnels. Il y a trace, empreinte, un mouvement se dessine, un collectif, ce qui s’est constitué dans la rencontre : une meute plutôt qu’une masse. « Canetti remarque que, dans la meute, chacun reste seul en étant pourtant avec les autres (ainsi les loups-chasseurs) ; chacun mène sa propre affaire en même temps qu’il participe à la bande : “Dans les constellations changeantes de la meute, l’individu se tiendra toujours à son bord. Il sera dedans et aussitôt après au bord, au bord et aussitôt après, dedans. Quand la meute fait cercle autour de son feu, chacun pourra avoir des voisins à droite et à gauche, mais le dos est libre, le dos est exposé, découvert à la nature sauvage.” On reconnaît la position schizo, être à la périphérie, tenir par une main ou un pied… »

Ces textes mis bout à bout font apparaître un moi inconnu de moi, constitué d’un peu de désir et de beaucoup d’extériorité, un moi chevauchant son Corps sans Organes - CsO - plein comme un œuf, avec des seuils de perception, des ruptures, un corps professionnel, social, embringué, dérivant, délirant, intense, vidé par les idéaux… La psychanalyse se connecte avec les arts plastiques, le militantisme avec la poésie, l’engagement professionnel avec la vie privée, l’enfance et l’exode, la psychanalyse, l’architecture avec la psychiatrie et la sexualité…

Aujourd’hui, qu’en est-il du Corps sans Organes ? Comment continuer à lutter contres les fantasmes, les idéalisations, le manque ?

Pour avancer tout en restant sur mes gardes, je ne trouve pas mieux que Deleuze et Guattari : « Le champ d’immanence ou plan de consistance doit être construit. Il peut l’être dans des formations sociales très différentes, et par des agencements très différents, pervers, artistiques, scientifiques, mystiques, politiques, qui n’ont pas le même type de corps sans organes. Il sera construit morceau par morceau, lieux, conditions, techniques ne se laissant pas réduire les uns aux autres. La question serait plutôt de savoir si les morceaux peuvent se raccorder, et à quel prix. Il y a forcément des croisements monstrueux… »


1989 - Not des Lebens

Vingt ans après Mai 68, le Journal d’Expressions Libertaires (IRL) publie Not des Lebens de Claire Auzias. De mon côté, j’exerce déjà le métier de psychothérapeute ; je suis en contrôle chez une psychanalyste confirmée pour parler des enfants que je reçois à Bondy ; j’enseigne à l’université de Paris-8 en sciences de l’Education et je lis assidûment Freud, Lacan, Maud Mannoni, Winnicott, etc. Claire Auzias, bien décidée à m’interviewer commence…

Claire Auzias : — Annie, ce qui m’intéresse, c’est ta vision de 68.

Annie Vacelet : — C’était au temps où on s’affublait encore de porte-jarretelles. Les jupes raccourcissaient vertigineusement. On se demandait comment raccourcir le plus possible le bas des jupes sans pour autant exhiber le haut des bas. L’année d’après, on a mis des collants, le problème était réglé. Depuis, la question s’est renversée : une femme qui affiche des gestes trop libres est moins érotique !

ACTE 1 : ANNIE ARRIVE À LA VILLE.

A.V. — Je venais du Jura. Enfin… ce qu’il en restait. Mes parents, poussés par un vent descendant, avaient rejoint dans leur jeunesse les faubourgs du chef-lieu du département… [ Claire Auzias note : « Annie entame ses profiteroles au chocolat. » ndlr ]… avec derrière eux l’obligation d’abandonner des terres qui ne rapportaient plus rien, et devant eux, les lumières de la ville. Les lumières représentaient le salariat, la sécurité par la soumission au labeur d’État, et surtout l’avenir de leurs enfants, les études. A partir de sept ans je me suis retrouvée à habiter dans une sorte de lotissement près de Lons-le-Saunier, entre deux routes, genre autoroute, afin d’être plus près du centre. J’ai donc perdu le Jura bien avant de quitter le Jura. Il reste quelque chose : une forêt de sapins plantée par mon grand-père bien avant ma naissance. Inutilisable. A la limite revendable. Parcelle de moi-même isolée dans la montagne. Parcelle autiste, restée en plan. Il fallait couper d’avec ces racines qui ne nourrissaient plus personne et se précipiter du côté de la promotion sociale par les études. Pour mes parents, quand on avait réussi ses études, on réussissait forcément sa vie. Alors, ils m’ont poussée en direction du front.

C. A. —Tu arrives à Lyon pour faire tes études ? Tu t’inscris en fac ?

A.V. — En psycho. Pourquoi psycho ? C’est sur la phrase d’un professeur de philosophie. On étudiait Freud et, un jour une élève fait des conneries, la prof l’engueule, j’interviens et je dis : « Ce n’est pas de sa faute, c’est inconscient. » La prof me répond : « C’est d’autant plus grave. » Sa réponse a déclenché en moi un immense questionnement. J’étais bouleversée. Je le suis encore. L’Inconscient, cet étrange étranger, n’a de cesse de nous précipiter dans l’exil et la gravité.

C. A. — Tu étais boursière ?

A.V. — J’étais bonne élève alors j’étais boursière. J’ai passé le bac en juin 1966, et je suis entrée en fac en octobre.

C. A. — Te voilà arrivant dans les lumières encore plus grandes de la ville encore plus grande ?

A.V. — Oui, c’est-à-dire dans une banlieue encore plus banlieue. D’une certaine façon, plus on croit aller vers le centre, plus on se trouve ex-centrée. On va vers la lumière et on se retrouve à sa périphérie. J’étais dans une cité-U à la Doua, Villeurbanne, une sorte de HLM, trois ou quatre étages, dans une zone sans arbre, sans eau, bétonnée, constamment en chantier. Catastrophique. On avait dix-sept ans et on était nombreux. On était les enfants du baby-boom et notre éducation pour laquelle je remercie éminemment les services d’État, avait nécessité la construction précipitée de nouveaux locaux ; il fallait héberger nos futures cervelles, nos cervelles de futurs je-ne-sais-quoi. De futurs diplômés. Ça me fait penser à la chanson algérienne que chantait souvent Smaïn Zerguine, un copain de Villeurbanne : Les gens de papier, la société de papier… Le plus important, c’était la course au papier, au diplôme, le passage comme cible reconnue collectivement : « Je passe d’une année à l’autre. Je passe. »

C. A. — Comment s’organisait le travail universitaire ?

A.V. —L’amphithéâtre était un bungalow précaire planté au milieu de la gadoue. Quand je sortais des cours, en escarpins et kilt bleu marine pour aller à la bibliothèque, je passais par-dessus des tranchées, je traversais des éboulis, le vent sifflait… j’essayais de bien me tenir au milieu de ce désert ; je faisais tout pour me comporter comme quelqu’un de nouveau dans un monde nouveau ; j’imaginais que j’étais la seule à éprouver des sensations de désespérance pareille. La bibliothèque était un immense building au milieu de la table rase. Pendant longtemps, mes seuls interlocuteurs ont été les fichiers de la bibliothèque et les bureaucrates qui les surveillaient. J’essayais de comprendre les codes, de trouver un peu de vie dans ce dédale organisationnel, communicationnel, qui mettait à ma disposition un texte, oui, mais complètement dépecé : les auteurs d’un côté, les titres de l’autre, un fichier qui expliquait comment marchait le fichier etc… J’ai passé des heures à ne jamais trouver ce que je cherchais, à trouver d’autres choses qui m’éparpillaient encore plus. Je ressemblais au paysage. J’étais une vraie catastrophe intérieure. Cinq cours par jour, cinq matières différentes, de la formation générale aussi... Le premier jour, un professeur nous a accueillis de façon glaciale : « Vous êtes quatre cents quatre-vingt-dix ; l’année prochaine, vous ne serez plus que cent cinquante. Il y a, aujourd’hui, dans cet amphithéâtre, deux cent quarante personnes qui n’existeront plus l’année prochaine. » Moi, les autres, je les trouvais assez sympathiques mais personne ne se parlait. On était, les uns pour les autres, des têtes à abattre.

LA CITÉ UNIVERSITAIRE.

Le soir, je rentrais dans ma chambre à la cité-U après avoir mangé au resto-U. Je menais une vie de “fille bien”. Je rentrais tous les week-end, chez mes parents, avec ma valise de linge sale. Le linge sale se lavait encore en famille. C’était une valise très lourde. Comme je n’avais pas tellement d’argent, je faisais tout à pied, de la gare de Lons-le-Saunier à mon patelin ; pareil le dimanche soir. Faire laver son linge par maman est une garantie qu’on n’est pas complètement paumée mais, un jour, j’en ai eu marre et je suis arrivée à la maison sans mon linge. Un grand moment. Mon linge sale était à moi, mon linge m’appartenait. Cette prise de liberté a eu des effets. Mon genre a tourné négligé. Je me débrouillais pour faire la lessive dans ma chambre - ce qui était interdit - mes jupes plissées ont commencé à se chiffonner, mes chemisiers blancs à se ternir. Mes habits de jeune fille rangée ne convenaient plus du tout à mon style de vie de baroudeuse du béton. A partir de là, ma mère a perdu son droit de regard sur ma façon de vivre. J’ai raccourci mes jupes artisanalement, j’ai jeté ce qui ne pouvait décidément plus être rafraîchi, je me suis laissée tenter par quelques hardes bon marché, dégottées aux Puces, juste à côté de la cité-U. Au bout de quelques mois, ma mère a vu débarquer chez elle une fille métamorphosée, en minijupe, imper kaki ceinturé, au lieu de celle qu’elle avait nippée pour l’entrée en faculté. A la cité-U, j’avais une chambre dans les bâtiments réservés aux filles avec salle de télé en bas. Et le trou noir de la banlieue autour. Les garçons étaient installés dans un bâtiment assez lointain, au-delà d’un parking. Bien sûr, les visites étaient interdites d’un bâtiment à l’autre. La mi-xi-té était interdite. Plus tard, nous avons brandi la mixité comme un étendard. Tout devenait mixte. Les chambres, les vêtements, les corps, les comportements. Mais nous n’en sommes pas là. Les anciennes, celles qui avaient un ou deux ans de cité-U passaient leurs soirées à la fenêtre de leurs chambres comme des insectes, à envoyer des signaux lumineux, à l’aide de lampes de poche, aux garçons de la cité-U d’en face. Elles se servaient d’un code assez élaboré dont je n’ai jamais pris connaissance, sans doute parce que je suis une fille des bois et que j’étais très éloignée de problématiques aussi sophistiquées. J’étais plutôt du genre à zoner dans les escaliers, à sortir clandestinement - la Cité fermait à une certaine heure - afin de rejoindre les humains, là où ils étaient. Au bout de la rue, il y avait un cani, un vieux cani pourri avec des allures de dernier relais pour desesperados post-atomiques. On y rencontrait les éjectés des systèmes familiaux, estudiantins, ouvriers : les clodos. C’est ainsi que je suis devenue une gueuse. J’ai été très vite initiée. Les gueux m’ont volé un des rares objets précieux que je tenais de ma grand-mère : une bourse en argent. Quand on vit en exil, pas de répit. Pas de repos. Pour gagner mon argent de poche, je remplaçais la marchande de tickets le soir au resto-U. J’ai toujours eu un pied estudiantin et un pied laborieux.

C. A. — Tu avais des amis ?

A.V. — Non. Pendant très longtemps, je n’ai pas eu d’amis. C’était très difficile d’avoir des amis, tout le monde vivait cet endroit comme un lieu de passage, un lieu de non-vie. C’était un groupe complètement hétérogène. Les gens arrivaient des régions environnantes avec, pour projet, de se tirer de là le plus vite possible. Il y avait bien une étudiante installée, avec fer à repasser, tapis... Je crois qu’elle était orpheline, une nomade qui assumait son voyage et se déplaçait avec sa maison. Elle avait un côté sorcière dans son antre. D’ailleurs, elle était la chef des filles qui correspondaient avec les garçons par lumières interposées. Moi, je me sentais sans maison ni sexe. La seule lumière à laquelle j’avais accès était celle d’un ciel aplati sur du béton et de la terre ouverte. Ma première vraie rencontre a été avec une foule. Après l’immense solitude, je me suis retrouvée tout à coup comme enveloppée, portée par une foule de gens qui me ressemblaient et dont je ne savais pas d’où ils sortaient.

Ça s’est passé comme ça : un soir de l’année 1967, on nous convoque pour une assemblée générale dans le hall du resto-U qu’on avait laissé ouvert pour l’occasion. Le thème de l’assemblée était la mixité dans la cité-U. Et alors ? Je n’avais aucune conscience de l’importance de la question, voire même de l’existence du problème. J’étais juste vierge et bluesy. J’écoutais Thelonius Monk. Il y avait là des filles et des garçons au verbe hardi, au grand sourire qui débattaient sans vergogne de la révolution sexuelle et de je ne sais quels autres bouleversements économiques à venir, l’un et l’autre semblant très liés. Je me retrouvai sur une scène tout à fait nouvelle, joyeuse, vivante, avec une multitude de mots : “libido” “pulsion” “différence sexuelle” “jouissance” qui ne me tiraient que des râles de détresse en cours de psycho. D’autres mots furent bazardés : “censure” “ répression” “ interdit” “normalité”. La langue basculait, comme lestée du poids de la vraie vie. J’étais emportée et je n’avais plus peur. Ennui go home ! C’était le graffiti du parking de la bibliothèque. US GO HOME, vas-y ! Il s’agissait d’y aller. De renvoyer quelque chose à la maison, et d’y aller ! Il s’agissait aussi de nommer l’ennemi, un ennemi pernicieux qu’on n’arrivait pas à situer de façon discursive ; à la limite, on aurait pu faire de longues listes obsessionnelles.

C.A. — C’est vrai ?

A.V. — Le capitalisme, la religion, la morale, les institutions, la culpabilité, le machisme, l’autre classe, les bureaucrates, la révolution qui n’accepte pas la révolution dans la révolution, la révolution culturelle, l’impérialisme etc… [ Claire Auzias note : « Il y a des lycéens autour de nous. C’est un bistrot de sortie de lycée. Ils entendent. Parfois, ils rient. » Ndlr ]… La liaison garçons - filles enfin réalisée, les lampes de poche devenaient inutiles et, chaque soir, les occupants de la cité-U se retrouvaient mixés pour parler. Etc.


1986 - Quand les enfants sont “comptant” de parler

Dès la fin des années 1980, la revue l’Erre publie Quand les enfants sont “comptant” de parler , un texte présenté au CFRP où Maud Mannoni avait décidé d’accueillir « les jeunes analystes venus de banlieue » dont j’étais « car ils y faisaient un travail très important. »

Malvina…

« C’est humiliant de venir chez le psy » me dit un père que le ratage scolaire de sa fille remet en question. La petite fille a cinq ans et demi. Les parents sont inquiets. Selon la maîtresse d’école, elle souffrirait de “désorganisation scolaire”. Premier entretien : les parents confrontent violemment leurs théories pédagogiques. Le droit de l’enfant à être bien éduqué se renverse en obligation de réussite.

Pendant ce temps, Malvina dessine et fait du raffut dans le bureau. Elle danse littéralement ce que ses parents disent. Première surprise : après avoir réalisé des dessins assez informes, abstraits : des taches, des lettres défigurées, des choses non identifiables, Malvina fait un bonhomme, un vrai, avec tout ce qu’il faut et même plus : de grosses bottes ! La mère semble soulagée : « Elle ne faisait jamais de bonhomme avant ! Alors, elle peut le faire ! » La mère ajoute : « Elle ne fait jamais de soleil, c’est normal ? »

L’enfant vient de montrer à sa mère qu’elle sait faire le fameux dessin du bonhomme qui signe une bonne maturation. Elle n’a pu montrer - être vue en train de voir - qu’en présence d’un regard tiers, le mien.

Deuxième entretien : je demande aux parents de me préciser l’histoire de la naissance de Malvina. La mère m’avait dit que la naissance s’était mal passée : « Cette naissance m’a échappé. C’était un siège et j’ai eu une anesthésie. »

Malvina est née - c’est le père qui raconte- avec un déboîtement de la hanche qui a nécessité une culotte de contention pendant six mois puis une hospitalisation pour une traction de la jambe tordue en arrière pendant deux mois et enfin, jusqu’à un an et demi, le port d’un plâtre très contraignant qui sera changé quatre fois. `

Pendant cet entretien, Malvina tente d’écrire son prénom : M M M. Armée d’un crayon dans une main et d’une gomme dans l’autre, elle écrit M puis le gomme et entre les deux gestes, gémit : « C’est raté ! C’est raté ! » Le mot “raté” surgissant entre l’apparition du M sur la feuille et l’effacement de ce M, la laisse anéantie. Absente. « Qu’est-ce qui est raté ? » « Les ponts. » Seraient-ce les jambes du M qui sont ratées ?

Je dis à Malvina : « Tes jambes aussi ont beaucoup souffert. Tu as beaucoup souffert avec tes jambes à la naissance et après... » Elle me regarde : « Oui, c’est ça ! »

Je continue : « Tu n’étais qu’une petite enfant d’avant le langage quand cela t’est arrivé ; tu n’avais pas les mots pour dire ta souffrance. Aujourd’hui, si tu veux, on en parle. »

Le père à sa fille : « Mais ça ne t’intéresse pas ! » La fille : « Si ça m’intéresse ! Je suis née en décembre ! » Elle demande à son père : « Quelle année ? » Le père désolé, répond : « Zut, je ne me rappelle plus. »

Le père déniant l’importance de cet événement traumatique se tourne vers moi : « D’accord pour les jambes, mais qu’est-ce que vous proposez pour la désorganisation scolaire ? »

A quoi le père est-il renvoyé par un surmoi intransigeant dans cette histoire de réparation ? Le sentiment de culpabilité est-il supportable ? Sa fille intelligente, vivante, qui fait de la musique, de la danse, est soupçonnée de débilité à l’école parce qu’elle ne dessine pas bien, qu’elle n’écrit pas bien. Pourtant, elle ne demande qu’à faire passer dans les mots ce qu’elle reconstruit déjà en dansant.

A propos d’image, le père ne parvient à désigner la jambe gauche de sa fille qu’en touchant sa jambe droite à lui. Il a besoin pour cela de porter Malvina dans ses bras et de la coller à lui. ETC.


1991 - Mots de passe

Un peu plus tard, la revue Chimères publie la psychothérapie de Mahjoub, intitulée Mots de passe. Cette psychothérapie a été publiée une seconde fois dans la revue Esquisses psychanalytiques sous le titre Un enfant venu d’ailleurs, revenu de loin. La redite se justifiait par l’ajout d’un dessin de Mahjoub qui démontrait qu’il ne s’agissait pas d’une fiction mais bien d’une observation clinique. Le comité de rédaction de la revue Chimères avait hésité, croyant que je fabulais.

C’est la première fois que je reçois Mahjoub au dispensaire. Il tient une lettre du bout des doigts le bras tendu très en avant. C’est un message de la psychologue du GAPP : « Misère totale - souligné - il lui faut quelque chose, des soins peut-être ? Un travail de parole. » Misère, la totale. Dès le départ on est arrivés, écrabouillés contre de grandioses images ennemies.

Mahjoub me regarde lire. Diagnostic : « Misère totale ». Indication de soins : « Psychothérapie. » Je suis abrutie par le raccourci. Il est debout de l’autre côté du bureau. II y a des petits éléphants roses sur son anorak en nylon capuchon bordé de fourrure acrylique prisunic, fille garçon tout pareil. Il me dit : « Je ne vais pas passer. » Mais où ? « En CM1... Je veux passer. » Quand il ne reste rien, on peut toujours se mettre à bricoler avec les mots, quelque chose, trois fois rien.

Il a fallu six mois pour obtenir l’autorisation de ses parents et commencer. C’est alors que Mahjoub me sort : « Ce n’est pas du travail de parler. Je veux une orthophoniste pour mes fautes à l’école. » Quinze jours plus tard, il est revenu en m’expliquant que finalement j’étais bien celle qu’il lui fallait : « Tu comprends, la dame de l’orthophonie, quand je lui pose une question sur un problème, elle me répond. Eh bien ! Quand je suis à l’école je ne trouve pas la réponse. Toi tu ne me réponds pas. Hein ? Tu ne me réponds pas ? C’est drôle parce qu’après, je trouve. » Sa plainte « Moi je n’ai pas de jouet, de ceci, de cela » cesse.

Pourquoi me suis-je lancée dans cette rencontre où l’exigence d’un seul était non pas d’être placé dans une institution spécialisée mais de déplacer du sens ? Jamais il ne m’a dit qu’il n’arrivait pas à grandir - huit ans et l’air d’en avoir cinq - je l’ai appris par le coup de fil de la psychologue de l’école qui l’avait elle-même su par le médecin scolaire qui aurait eu un contact avec un pédiatre qui le suivait pour cela. L’enfant a pris des chemins détournés, pas ceux du bon sens. Il a suffisamment enragé pour faire entendre ce qu’il voulait : « Passer, je veux passer. » Je n’ai pas pu sacrifier sa parole en coupant court : « Mon petit, tu me dis ça mais à moi, on m’a dit que ton problème, ce n’était pas ça. Moi, je sais ce qui est bon pour toi : on va te placer dans un établissement et tu verras, tu grandiras. »

Ça lui a fait du bien de venir me voir mais je suis un peu bête… « J’ai envie de les bombarder, de les foutre à leurs tombes. » C’est ainsi qu’il l’a dit à la fin de sa thérapie trois ans plus tard. « Qui ? »

Ma question l’étonne. Comment ? Je n’ai pas compris ? Décidément je ne comprends rien. Mais enfin ! C’est son maître de CE 2 qu’il veut aligner. Quand même, il y a trois ans il a trop souffert avec celui-là, ce sale bonhomme qui faisait comme s’il savait tout et qui l’a traité de nul. Un jour, la petite soeur qui ne l’ouvre pas, entrera dans le bureau, une ardoise plaquée à la bouche sur laquelle elle avait écrit : « Je passe. » Son frère qui est venu chaque semaine et parle maintenant, lui allonge un grand coup sur la tête : « Alors, tu parles ! » En se tournant vers moi, il ajoute : « La pauvre, elle voudrait parler mais elle ne peut pas. »

J’enchaîne : « Comment elle serait cette bombe ?
— Enorme et sa maison écrabouillée, le toit explosé tout en feu, en ruines.
— Et encore ?
— Les tripes à l’air, la tête éjectée, le corps en mille morceaux. Mais qu’est-ce que je dis ?
— Tu imagines que tu veux mettre une bombe. »

Il éclate de rire. La bombe est devenue l’outil du plaisir. Immense. Dernier. Premier. En une déflagration joyeuse, les maîtres mots s’éclatent. « Alors je n’étais pas ce qu’il disait que j’étais : “Nul”. Je n’étais pas nul. Maintenant je le sais.
— Peut-être que le maître à l’école n’employait pas ses mots à lui.
— Quoi ?
— Il ne pouvait peut-être pas te parler avec ses mots. “Nul” est un mot de l’école.
— S’il ne pouvait pas, pourquoi il était un maître ? Le maître n’est pas le roi ?
— Il faisait ce qu’il pouvait pour t’apprendre des choses : lire, écrire, compter.
— C’est tout ?
— Ce n’est déjà pas mal.
— Bon d’accord. Je lui foutrai pas la bombe. Je vais carrément plutôt le laisser tomber. C’est une cloche et puis, ah ! c’est défendu de foutre des bombes. Je n’ai pas envie d’aller en prison pour une cloche pareille. J’ai juste le temps de me dire : le mur est passé, ce n’est plus là où c’était... Il continue : « Et le reste ? Qu’est-ce qui reste après ? Ah je sais : quelque chose qui a à voir avec ce que tu disais : que les gens du désert sont intelligents. Comment tu disais ? Jouer ça rend les enfants intelligents ? Oh ! mais alors c’est encore plus difficile que je croyais. C’est impossible à dire. C’est une sorte de secret. On ne peut le dire à personne même pas à toi. C’est quelque chose à moi et peut-être aussi à mon copain Abdelkader qui connaît plein d’histoires. Lui aussi on dit qu’il est nul à l’école mais lui, il ne s’en occupe pas… Passer c’était trop important pour moi ! Pour ma sœur aussi. » Mot tampon sur bouche close, le regard brillait par-dessus. L’ardoise scellait des choses à dire.

« Avec mon père je suis passé aussi, quand j’ai failli me noyer. On allait à la chasse. II y avait une rivière, enfin... de l’eau comme on dit là-bas, un oued. II n’y a pas d’eau et tout d’un coup elle arrive, l’oued se remplit d’un seul coup, il déborde, il t’emporte ou alors c’était la mer quand on est arrivés. II y avait mon père. » etc.


1996 - La départementale 937

En 1996, découragée par les clivages sociaux, je tombe en littérature. J’écris l’errance. Les éditions Yeo m’accueillent et publient La départementale 937 et Qu’en dit la montagne ? deux livres réalisés avec Dominique Fury-Jeantet.

Août l988. Je viens de renoncer à mes vacances, j’ai quitté mes amis et leur maison de campagne, le stage de Taïchi, des façons d’occuper les congés, ce peu de temps de vie. Les volets tirés sur les bruits de la ville, je m’apprête à me poser, me reposer. Je suis exténuée, envahie par la parole des malades.

Je me mets à relire les notes de la psychothérapie de Mahjoub, un enfant qui m’a permis de penser que la membrane qui protège un déraciné de l’éclatement psychotique est mince…

Le téléphone sonne.

L’homme qui appelle dit aller très mal, il demande un rendez-vous à la psychanalyste que je me dois d’être. Je joue le jeu mais j’ai reconnu Potzc, un ami peintre : beau visage... un regard... un oeil plutôt... l’œil, la part sauvage de l’être. Chaque fois qu’on se croisait - le plus souvent dans des fêtes - on se rapprochait un peu plus l’un de l’autre puis on se perdait. Aujourd’hui, après avoir pas mal ri de sa plaisanterie, il me propose d’aller à un vernissage à Knokke-le-Zoute. J’accepte l’invitation, assez contente d’échapper à l’écriture - quelque chose y est profondément mortifiant : la mise à l’écart du corps peut-être ? Potzc devait me rappeler, il ne l’a fait qu’au milieu de la nuit. J’ai bien évoqué ma fatigue mais sa voix est devenue si triste… J’ai pris un taxi.

De l’autre côté de la ville dans la pièce minable où je le retrouvai, Potzc faisait son sac sur l’injonction de sa mère qui lui reprochait un certain désordre dans sa vie - comme à un enfant qui part en colonie de vacances. En très peu de mots, il me confie qu’il a maintenant une fille dont il est séparé, ainsi que de celle qu’il n’appellera plus que la « mère de ma fille ». J’attends, assise au bord du lit. Potzc semble heureux que quelqu’un l’attende. Exactement là où il comptait être attendu ? La séduction est une sale bête. Quel livre m’a-t-il alors lancé ? II m’a régulièrement mis des livres entre les mains comme on fait passer un examen : « Tiens, lis ça. » Non... C’est moi qui venait d’acheter Sans nom de Lévinas. Une faiblesse étrange me faisait rester là, témoin - encore une fois - d’une scène pathétique entre un fils et sa mère. Je pensais à Mahjoub. Lorsque je l’ai vu pour la première fois, il avait sept ans et semblait en avoir quatre. Il n’était pas question de faire des interprétations avec lui.

Assise au volant de la R12, j’attends. Potzc a décidé de faire quelques emplettes avant de partir : piles, cassettes, Coca-Cola, lunettes de soleil et tequila.

J’attends trop... depuis vingt ans que je travaille en psychiatrie, beaucoup trop, à recevoir les confidences de tous : les horreurs, les fantasmes ou l’impossibilité du fantasme, l’urgence du corps. L’autre jour une petite fille m’a même dit que j’étais une poubelle : « On te balance nos merdes et tu ramasses ! C’est un drôle de métier, ton métier. » Quelquefois j’ai peur. Potzc m’apprend que son permis vient de lui être retiré, qu’il me laissera conduire. Sa Renault est marrante : siége avant d’un seul bloc en skaï noir, levier de vitesses au sol. Le moteur malgré la vétusté de l’engin réagit bien. Je pourrais même dire comme dans un mauvais film : la Rl2 s’arracha mollement du pavé de Montparnasse.

Au milieu de la nuit, j’ai essayé d’expliquer à Potzc ce que j’avais fait ces dernières années : de la psychanalyse en banlieue. II m’a répondu : « Pourquoi tant d’efforts ? A quoi ça sert ? Tu veux faire lire Proust aux banlieusards ? » Il m’a dit aussi quelque chose sur les femmes, les hommes et les femmes ; que c’était très bien ce que j’essayais de faire mais que les femmes comme moi... ; qu’il s’était passé quelque chose entre les hommes et les femmes qui voulaient être des hommes et que ça n’allait pas. Echouée, flouée, dégoûtée d’être là, entraînée une fois de plus par n’importe qui en direction de je ne sais quoi, je n’avais même plus intérêt à faire demi-tour. Pas d’autre solution que de m’abandonner à l’idée de la route. Et, comme j’aime la nuit, je trouvai de quoi foncer. Léonard Cohen chantait : If you want, I’m your man. Il y avait longtemps que je n’écoutais plus de musique, pas le temps ! Moi, je lisais Lacan.

Mahjoub entend un bruit, la nuit : une conscience qui l’empêche de dormir. S’engendrant lui-même à tout instant, il ne se repose jamais et va se mettre à délirer. II invente des arbres à roulettes pour aller de l’avant avec des mitraillettes incorporées qui servent à abattre tout ce qui pourrait lui barrer le chemin. Plus vite. Plus vite. Il faut combler l’écart qui le sépare de l’Idéal : cette grosse voix qui gronde dans son dos… Comme il est difficile d’aller plus loin que ses parents ! Nos parents en ont-ils la moindre idée ?

Si je fais remarquer à Mahjoub que les arbres n’ont pas de roulettes mais des racines, il proteste, il enrage : « Tu ne comprends rien. A quoi ça sert que je te parle si tu ne me crois pas. Je ne veux plus parler du passé. Mes parents, c’est du passé. » Au même moment, moi j’entends du côté du grand Autre : « Tu as à te reconnaître à ta place dans la généalogie. » C’est ainsi que l’Autre s’adresse à nous, pauvres petits jetés par le sort. Mais ne t’inquiète pas Mahjoub ! Bientôt, tu connaîtras le secret : l’Autre n’est pas tout-puissant. Ce qui nous laisse une chance de réduire le destin à ce qu’il est : du théâtre ! Allez, maintenant on va prendre les choses comme elles viennent. Ah, vraiment ?… Dormir enfin… Rêver peut-être ?

Mahjoub a insisté, me suppliant de renoncer à l’idée de racine. II cherchait à me prouver qu’on peut s’en passer avec le soutien des extraterrestres. J’ai tenu qu’il y avait des histoires et, de l’Histoire - on l’oublie celle-là. De génération en génération, nous nous sommes enfoncés dans la honte, mais pourquoi avoir honte de ne pas être assez riches pour se payer les jouets de l’industrie au Monoprix ? Pourquoi se sentir mal d’avoir appris par grand-père interposé à fabriquer un traîneau avec le tronc d’un palmier du désert - ça ne coûte pas un rond - et d’être assez malin pour faire fonctionner la télévision sur les batteries de la voiture ? Chez lui, dans le désert, on arrive à faire quelque chose avec rien. C’est bien. C’est ça l’intelligence. En perte de repères, excédés, les immigrés sont poussés à bout hors des frontières, hors d’eux et... nous sommes tous des immigrés catapultés, paranoïaques, toujours plus éloignés.

Nombre d’étudiants à qui j’ai enseigné pendant dix ans pour huit mille francs par an : cent par semestre = deux mille. Nombre d’enfants que j’ai rencontrés au cours de mon premier emploi : trois cent soixante dix d’un coup. Nombre de patients adultes entendus à l’hôpital de jour : trente par an pendant quatorze ans = quatre cent vingt. Nombre d’enfants en psychothérapie au centre médico-psychologique : vingt cinq par quatorze = trois cent trente. Nombre d’adultes reçus en urgence au centre d’accueil : incalculable. Environ trois par jour pendant cinq ans. Nombre d’enfants vus en groupe au centre du soir deux fois par semaine : dix. En tout plus de trois mille cinq cents ! Tant que ça ? Comment ai-je pu ? Tous ces gens agrippés à moi, et ce n’est pas fini, loin de là ! Permettez d’en rire sans méchanceté d’un rire guerrier pendant qu’il me reste encore quelques forces de la montagne ; j’en profite pour dire que finalement, la psychanalyse est au service de l’ordre et qu’elle s’en tient au dictionnaire médical et administratif pour définir l’être. C’est là qu’il faudrait s’énerver, ne pas se laisser tout prendre mais…

Le médecin-chef a l’habitude de dire : « Arrêtez de vous plaindre ! On est payés pour supporter ça ! »

Mahjoub dit : « Parler, c’est ton métier ? Mon père il est venu en France pour travailler ! Il dit que parler, c’est pas du boulot ! » Mon père à moi, il n’a même jamais pu prononcer le mot : psy-cho-lo-gie. Quand il devait répondre à qui lui demandait : « Qu’est-ce qu’elle fait ta fille ? Elle est toujours à Paris ? » II n’expliquait pas, il simplifiait : « Elle fait rien. »

L’homme que je conduis à Knokke-le-Zoute ne s’est pas déplacé d’un millimètre mais il vient de me prendre la main, il la serre très fort. Je suis tétanisée de pitié pour nous deux, pour Mahjoub, pour l’humanité entière. Qu’est-ce qu’il veut à la fin ? Pourquoi ce signe absurde ? Un oiseau imprudent échappe de justesse à la lumière des phares : une chouette ? Une buse ? Les rapaces se seraient-ils habitués si vite aux grands axes ? Au comble du romantisme, la main dans la main, Potzc et moi fonçons dans la nuit. J’en ai assez, c’est ridicule. Les piles commencent à flancher. II faut s’arrêter.
— Lâche-moi. J’ai besoin de ma main.
— Excuse-moi. Peindre est si difficile. On est arrivés ? C’est quoi ici ? Achète des bières. Knokke-le-Zoute est beaucoup plus loin que prévu. ETC.


1996 - Qu’en dit la montagne ?

Aux premières lueurs du jour, Potzc, que je ramène de Knokke-le-Zoute tout en suivant le fil de mes pensées, se réveille brusquement passant d’un sommeil que je croyais profond à une activité fébrile. Ses gestes, ses paroles restent sans adresse. J’aurais pu ne pas être là. « Cette radio déconne ! C’est nul ! T’as pas changé les piles ! Une radio que j’ai achetée il y a une semaine ! » Des flèches tirées pour exorciser quoi ? Mon regard fatigué de l’avoir conduit toute une nuit à travers un pays rayé d’insomnie ? Je me ratatine sur mon siège, j’aurais aimé disparaître ou me jeter dans une rivière.

Tout à coup les piles, de grosses piles rondes et lourdes, passent par la fenêtre.

D’un œil affolé, je vérifie dans le rétroviseur que le type qui nous suit a bien réagi : il ralentit, se gare sur le bas-côté, met de la distance. Potzc furieux en profite pour nous balancer tous : moi, les autres, une immense réserve dont il n’a rien à foutre ! Je me tasse encore plus. Je suis en présence d’un fou.

Je ne me méfie pas assez. Je me laisse déborder par mon imagination - une imagination hystérique que je n’aime pas - qui veut que les choses existent même si elles n’existent pas, et belles si possibles. Ben là, c’était moche. Irréparable. J’en avais marre : envie de tout laisser et de partir à pied. En me débrouillant bien, j’aurais pu me faire accompagner à une gare et basta, retour à la maison !

Mais qu’en est-il de Potzc, cet homme très beau que je n’ai pas revu depuis cinq ans ? Qu’a-t-il vécu pendant toutes ces années ? De quelles années s’agissait-il ? Pour moi, par exemple, c’étaient celles de ma formation de psychanalyste.

Le long de la route, les peupliers dansent, les feuilles, petites, métalliques et mobiles, dansent. Je suis la route, les arbres et le vent, je suis sur ce chemin… Ah ! La roue de la Renault vient de taper dans le talus. La terre est molle. Je m’enlise. Les labours auraient-ils commencé ?

Potzc sort de la voiture, se précipite au-devant d’un poids lourd. Il hurle qu’il veut mourir ! Pour qui se prend-t-il ? Je l’attrape à bras le corps d’un geste de paysanne accomplie mais quand même, je lutte contre un quinze tonnes lancé à vive allure sur une route de campagne. Je trouve la force. J’invente l’action. Je m’envole avec le fou. J’ai tout de même été championne de saut en hauteur à treize ans. J’ai participé à une compétition internationale sur le stade antique de Rome. On a visité des merveilles : la sortie des égouts, de superbes villas et tant de fresques. Je colle mon ami retrouvé, l’air martyrisé, dans le champ d’en face.

J’en étais là, le visage enfoui dans le sol belge lorsqu’il s’est mis à crier : « Je veux la terre, je veux me rouler dans la terre ! » C’est cela. Moi, je veux pleurer. Ici, c’est l’endroit idéal, à plat ventre, les bras repliés sous le front, les narines enflammées, je demande à la poussière - qui on le sait, ne répond jamais - de m’aider. Tout peut se briser, le peu de mots, le peu de rencontre. Une chose est certaine : la terre tiendra. Je l’ai dans le dos maintenant et les astres commencent à sombrer. A la limite de ce pays si plat, une galaxie entière m’avale.

Potzc danse dans la lumière naissante. Ses jambes et ses bras partent dans tous les sens avec une rapidité époustouflante : « Je dois peindre un champ ! » II rit, il pleure, tombe et se relève, fait comme s’il cherchait à entrer dans tout à la fois, saisit le moindre point d’accroche dans la motte de terre, la goutte de rosée, jusqu’à la molécule. Il peint avec des pinceaux invisibles, sans toile, à même les nuages, directement sur la ligne d’horizon. Il danse la peinture.
— Tu peins ? II éclate d’un rire impitoyable :
— Je dépeins plutôt !

Une mouche m’agace l’oreille. Est-ce que je me suis encore endormie ou est-ce l’ami cinglé ? II est entré à l’intérieur des terres, s’est assis, le genou toujours replié sous le menton. Absolument immobile. II faudrait que nous arrivions à nous parler. Ou pas. Je ne sais pas. Je travaille depuis si longtemps avec l’idée que la parole peut faire autant de mal que de bien. En me dirigeant vers lui, rassérénée par cette sieste improvisée, je prends la décision qu’un adulte normal doit prendre en ce genre de circonstance : celle d’arrêter les frais. Il me tourne le dos mais mon ombre m’a précédée - ne jamais oublier que cet homme vit au milieu des ombres. Il me demande si je vais bien… Pas du tout. Mais cela m’est bien égal, je saurai tirer partie de cette infamie. L’air pur de la campagne, c’est tout ce dont j’ai besoin.
— En plus elle a des besoins !
— Beauté. Calme. Volupté.
— Beauté ? Ma chère !

II se fout de ma gueule. Quand soudain, passant dans un autre monde, il se désintéresse totalement de la conversation malheureuse que je suis devenue et me convoque à toute autre chose :
— Que font-ils pousser dans ce champ ? Sa question était simple, la réponse évidente. Je savais ce qui poussait dans ce champ : des carottes. Nous étions assis au milieu d’un champ de carottes avec pour seule compagnie un épervier qui commençait sa chasse matinale. Quelque part, une souris, un mulot ou un serpent se réveillait aussi.
— Ce sont des fanes de carottes ? Il me dit qu’il aimait : « J’aime. » L’usage de ce verbe sans complément me cloua sur place. Il caressait le champ, les fines tiges dentelées. Il avait le poignet fort pour un homme mince, la main savait prendre, une main dans le prolongement du cerveau, une main de peintre ou de chirurgien… paume passée sur l’herbe.

Il faut que je songe à profiter de l’été. L’hiver, je passe mon temps à lire des livres de plus en plus abstraits. J’en suis à la question de la Chose vue par Freud, revue par Lacan. Je m’échine sur la théorie. Avec les malades, j’improvise, je bricole, je fais dans la dentelle. Avec eux, je me bats contre le grand flux pulsionnel qui ravage tout de l’intérieur. Nous créons de petites choses, des trucs : des moments poétiques, des objets biscornus. Potzc me glisse qu’il faudrait supprimer ce mot.
— Quel mot ?
— “Créer.”

Et voilà. Simple comme bonjour. ETC.


1997 - Monsieur M. ou l’impossible du Symbolique

J’ai écrit ce texte pour le jeune Iggdrazyl, élève de Marc’O avec qui j’ai fait du théâtre dans le pavillon asilaire où Antonin Artaud a été interné pendant la seconde guerre mondiale. C’est la revue Sud/Nord qui l’a publié.

Des infirmiers se plaignent : « Encore monsieur M. ! » J’entends la fatigue. Qui est monsieur M. ? Oh ! II est là depuis vingt ans ! Lorsqu’il va mal, la Poste nous l’envoie. Ah bon ? C’est la première fois qu’on nous envoie un patient par la Poste. Quelle est son histoire ? Personne ne sait. On le connaît, c’est tout. II ne nous ouvre même plus la porte. Lorsque nous pensons devoir le rencontrer, nous prenons le double de ses clés chez la concierge. Chez lui, monsieur M. regarde des films pornographiques pendant des heures.

Par où commencer ? Comment déjouer tant de fatigue ? Il faut d’abord s’attaquer à la litanie : « De toute façon avec lui on ne parle pas, il ne dit rien depuis vingt ans. »

Cet après-midi, un infirmier et moi cherchons dans son dossier. Sur la couverture il est écrit : Monsieur M. profession PTT. Cet homme serait-il le morceau d’un établissement ? Je rectifie : Monsieur M. facteur. Une première page existe.

Monsieur M. a quarante-quatre ans. II n’y a pas vingt ans qu’on le connaît, il est en Métropole depuis quatorze ans et il y a neuf ans que nous le suivons en psychiatrie. C’est souvent en décembre qu’il délire. Que se passe-t-il concrètement en décembre ? II prend ses congés et part pour la Guyane. Il est Guyanais.

Quelques semaines plus tard, nous sommes appelés par la clinique où monsieur M. est hospitalisé à plein temps : cette fois la sortie doit être pensée. Chaque fois que monsieur M. sort de la clinique, l’équipe a l’impression de le laisser tomber. Signifiant redoutable : laisser tomber. Conclure une hospitalisation ne doit pas signifier la fin des soins mais les infirmiers de l’accueil sont découragés : « Tu n’obtiendras rien. » Le médecin de monsieur M., inquiet de devoir reprendre les entretiens au dispensaire dans des conditions qui lui semblent insuffisantes, nous appelle à l’accueil : « Pouvez-vous l’aider à installer une conduite dans ses soins ? »

Premier entretien à l’accueil. Je pensais travailler le passage. Entre quoi et quoi ? La clinique et le dispensaire ? La Guyane et la Métropole ? A chacune de mes questions, monsieur M. répondait par « Je ne sais pas. » Resterai-je neutre et bienveillante ? Oui mais sans faire semblant. Comment ? Quand quelqu’un est dans la détresse, c’est peut-être à nous de parler. Je lui dis : « Ce qu’il faut soigner, c’est le silence qui s’est installé entre nous. » II me répond : « Je perds la mémoire. J’oublie les dates. » Je lui dévoile ce que d’habitude, je tais : « J’ai lu dans votre dossier - car je suis également sans mémoire dans cette histoire - que vous venez de Guyane. » Pas de trou de mémoire en ce qui concerne son arrivée en Métropole. II me répond : « Je suis arrivé en 1979 pour travailler à la Poste ; j’avais réussi le concours. » Les trous de mémoire commencent avec la Métropole. Impossible d’inscrire la Métropole dans une chronologie.

« Depuis combien de temps vous faites-vous soigner en psychiatrie ? Je connais la réponse mais je voudrais que vous la cherchiez. Si vous vous trompez, je vous le dirai. » Je lui demande un effort qui semble le faire souffrir. Que suis-je en train de lui demander ? Il répond : « Huit mois. » Il se trompe. « Vous voyez, j’ai des trous. » Il tombe hors histoire. Quel bénéfice peut-il bien tirer de cet impossible ? « Votre premier contact avec la psychiatrie en Métropole date de l984 mais en décembre l983 vous aviez déjà été hospitalisé en Guyane. » II me fait un signe imperceptible. Mes questions sont pénibles. J’arrête. Trop violent. Peut-être a-t-il besoin d’oublier. Et nous qu’avons-nous besoin d’oublier ? Pourquoi ces malentendus ? Avant de le quitter, je lui restitue ma pensée : « C’est curieux. Vos souvenirs de Guyane semblent intacts. Perdriez-vous votre temps en Métropole ? » Il me dit : « J’ai fait de grosses bêtises... » Ah ! Lesquelles ? II ne se souvient plus. J’ajoute : « Qu’est-ce que la mémoire ? Cherchons ensemble. » Mais il se rappelle la bêtise : il avait à remettre une grosse somme d’argent à un client, il se trompe d’un zéro et donne cinq mille francs au lieu de cinq cents francs. Une grosse perte pour la Poste qui n’a jamais pu récupérer l’argent. Dette, délire, trou de mémoire. Tout cela est-il lié ? L’oubli fonctionne-t-il pour lui comme mécanisme de défense, refoulement ? Est-ce pire ? Forclusion ? Cet homme est-il, face au langage, totalement séparé ? Est-il névrosé ou psychotique ?

L’infirmière de la clinique est troublée : « On est venu parce qu’il va avoir du mal à réintégrer son travail ; on voudrait que vous le souteniez pour qu’il puisse réintégrer. » Mais ce n’est pas le problème ! Monsieur M. dit qu’il perd la mémoire. On n’en est pas à ce qu’il retourne à son poste à la Poste. Je demande à monsieur M. : « Que connaissez-vous de la Métropole ? Je suis tellement étonnée de la place à part que vous lui faites. » Je pensais à voix haute. A lui qui ne parlait pas, je faisais part de mes pensées à l’instant même où elles m’arrivaient. II me répondit qu’il connaissait... la Poste de Bondy. Ici, il ne s’autorise ni plaisir ni rencontre. Rien. Une fois, il a fait un voyage à Toulouse. C’est tout ? En quatorze ans. C’est peu pour se construire. Fin de l’entretien.

La semaine suivante, le risque est grand pour lui de guérir. Il dit : « Je ne sais pas. » S’il ne sait pas, je vais lui rappeler ce que nous avons dit la dernière fois : « Vous me direz si je me trompe. II me semble que vous êtes dans un pays où vous ne vivez pas. »

Comment en sommes-nous arrivés aux arbres ? Ah oui ! Bla-bla-bla. ETC.


1985 - Bondy-Paysage 1

Bondy-Paysage 1 publié par la Revue parlée du Centre culturel Georges Pompidou, pose l’éternelle question de savoir où habiter. Article en cours de réécriture pour la prochaine édition.


L’enfant éthiopien Article en cours de réécriture pour la prochaine édition.

© annie vacelet 2009


Conclusion

Ma mission de psychologue s’achève. Ces dernières années, l’emprise des idéologies à été si forte que j’ai dû faire des études de cinéma pour reconquérir des manières de sentir et de percevoir. ETC.


Remerciements

Merci aux revues qui m’ont publiée. Elles sont les véritables héroïnes de ce deuxième livre : IRL Journal d’Expressions Libertaires, la revue l’Erre, la revue Esquisses Psychanalytiques, la revue Chimères, les éditions Yeo, la revue Sud/Nord, la Revue Parlée du Centre culturel Georges Pompidou.

À Michèle Foucher pour sa mise en scène d’une partie du texte Not des lebens dans son spectacle Mai 68, l’échappée belle, à Confluences : théâtre des arts urbains, boulevard Charonne, Paris, 2008.

À Sylvia Kesbi pour sa relecture du manuscrit.


Achevé d’imprimé par La Bottelerie, Vauchrétien Maine-et-Loire Dépôt légal : février 2009

N° ISBN : 978-2-9508179-2-1


Contact : annievacelet@yahoo.fr bytarika@orange.fr

 

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