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Projet de Lecture (11p) ©annievacelet23sept2016

D 23 septembre 2016     A Annie Vacelet    


Projet : LECTURE/PERFORMANCE du livre « Le sentiment de la Psychogéographe » © Annie Vacelet Paris 2016

Une lecture intégrale du livre
146 pages
à 5 ou 6 voix
durée estimée 8 heures

un dispositif simple...
une salle à l’acoustique impeccable
une centaine de places assises
une scène équipée d’une table, de quelques chaises et d’un micro.

- Projet p1
- Fiche descriptive du livre p2
- Intention p2
- Parcours du livre p3
- Presse p3
- Radio p6
- Premières pages p8
- Contact p10

Ce texte est né d’un désir d’écrire sur le travail, et plus particulièrement celui de l’équipe psychiatrique du 14ème secteur de Bondy/ Pavillons-sous-bois, rattaché à l’hôpital de Ville-Évrard situé à Neuilly-sur-marne dans le 93, mais pas seulement…
À la fin des années 1980, alors que nous n’en avions pas encore fini de construire des lieux de soins nécessaires, il fut question de réformes. Je cite Valérie Pera Guillot dont j’ai découvert le travail récemment sur Facebook :

La première attaque remonte à 1986 ; l’internat de psychiatrie est remplacé par un diplôme d’enseignement spécialisé, la spécialisation en psychiatrie résultant dès lors plus souvent d’un classement à l’internat que du choix du candidat. Parallèlement, la pénurie organisée de psychiatres nous ramène à la situation du XIXe siècle, où un psychiatre avait en charge les patients de plusieurs services hospitaliers et extra hospitaliers. Puis, en 1992, le diplôme unique d’infirmier d’état, englobant médecine, chirurgie, obstétrique et psychiatrie, remplace celui d’infirmier psychiatrique de secteur.

Dans le prolongement, le secteur psychiatrique, créé après-guerre pour prendre en compte la singularité et l’environnement du malade (famille, habitat, lieu de vie, etc.) et définir des stratégies de soins individualisés, a été remplacé en 2005 par le pôle d’activité ou pôle de soins dont les missions s’élargissent à la gestion. Cette nouvelle entité médico-administrative regroupe plusieurs secteurs et, alors que la population couverte par le secteur avoisinait 70 000 personnes, celle du pôle peut atteindre 250 00 personnes. La taille des pôles implique un éloignement géographique entre patients et médecins et a généré de nouvelles procédures excluant la rencontre des corps : la « télé-psychiatrie » est née.” (La psychiatrie, malade de ses réformes, Lacan Quotidien 598.)

Pour moi, l’annonce de la suppression d’une formation spécifique aux infirmiers psychiatriques, a opéré comme un déclic. J’ai compris en un éclair que la psychiatrie de secteur était condamnée et qu’il me fallait sauver ce qui pouvait l’être en écrivant un livre… que je voulais solide, du cousu-collé.

Fiche descriptive du livre  :

Titre : Le sentiment de la Psychogéographe
Auteur : Annie Vacelet
Éditions : by Tarika
Pages : 155
Cousu-collé

1ère édition : 1993
isbn 978 – 2 – 9508179 – 0 – 4
siret 394 336 242 000 18

Ce livre est toujours d’actualité, parce qu’en l’écrivant j’ai cherché à échapper aux dictats de l’actualité.

4ème de couverture :
« En banlieue Est de Paris dans un service de psychiatrie, au fur et à mesure apparaissent sur des cartes les parcours de paroles très anodines, des passages en même temps qu’une chute, des systèmes d’appel, de résistance, des inventions liées a la douleur psychique. Tout ce qui reste à faire, comme il faut faire tons les jours, pour que "ça" tienne : 1’ouvertureen un centre ^ la parole, dont la parole précède dans la rencontre. II faut écouter et beaucoup écouter ce que ça fait d’écouter. En mille traits aussi bien qu’en deux ou trois rythmes, je cesse d’être psychanalyste. C’est de la psychogéographie. Comment dire ? faire exister de la santé, ne serait-ce pas ne jamais finir de finir la réalité. Le temps d’une heure, d’une année, d’un instant. »

Intention :
Ce texte n’est pas une métaphore – l’appauvrissement d’une expérience réelle – il tire au contraire toute sa force et sa forme de son amour pour le réel, biscornu, rocailleux, surprenant, un mouvement continu qui n’obéit ni aux règles d’écriture du scénario ni à celles du roman pour se rapprocher du langage tel qu’on peut l’entendre dans le rêve ou tel qu’il est agi dans le rébus, par une certaine ironie pulsionnelle ?
Irions-nous jusqu’à imaginer le travail de secteur comme un immense tissus des rêves, la toile de fond d’une réalité qui n’en finit pas de se transformer sous l’effet de rencontres inouïes ?

Ce livre n’a de toutes façons pas vocation à surplomber son objet (le travail clinique) mais bien plutôt à se tenir à son côté (comme le clinicien lui-même se tient au chevet du patient.) et d’engager en sa compagnie non pas un parcours de représentation et d’interprétation mais un authentique parcours d’exploration…
Donc, pas de forme pré-établie (littéraire, idéologique, universitaire ou sociale) ; ce texte reste attentif aux surprises que propose la réalité, prend plaisir aux glissements de sens, passe de préoccupations cosmiques à de minuscules trouvailles, tisse l’air de rien, d’interminables filets protecteurs.

Il délaisse - se déleste – de toutes idées de programme ou de protocole, échappe aux clichés, propose plus que des images ; marqué par le réel, il suit des lignes d’erre, se frotte à des musiques, fait danser le monde, avant de retomber sur les nécessités du temps… « not des lebens » oblige.

Parcours du livre :

Dès le début du projrt d’écriture de ce texte, en 1990, j’ai bénéficié de l’attention de professionnels, monsieur de directeur de l’hôpital de Ville-Évrard, Guy Baillon médecin-chef, l’équipe du 14ème Secteur, ainsi que monsieur Fuzier maire de Bondy et bien sûr la fondation pour le Progrès de l’homme.

Les revues Chimères et Les lumières de la Ville, le père Diard directeur de Confluences, Jean-Paul Dollé philosophe, Cadillac, Polyphonix en hommage à Félix Guattari au centre Pompidou.

Marc’O poète, le laboratoire du changement “Chaos Génération”, François Verny éditrice, Maria Koleva, Maïté Lembeye cinéastes, Claudine Roméo philosophe.

En 1995, Françoise Séloron productrice à France-Culture, me propose de réaliser un Atelier de Création Radiophonique (ACR : « Extra-Muros, chroniques de la folie à Bondy. » 2 épisodes longs.)
« Au départ, écrit-elle, il y a la démarche d’une équipe de psychiatrie « hors les murs » de l’asile et sa présence dans la ville, à Bondy, banlieue est de Paris. Et puis le texte d’Annie Vacelet, l’une des « psy » de l’équipe, écrit à partir de paroles entendues, dedans et dehors, paroles d’infirmiers, de psychologues, de médecins, mais aussi paroles de patients, d’amis, nouées à sa propre réflexion, sa propre vie.
« On ne travaille plus avec les murs, vous savez, les vieux murs, mais avec des repères qui existent et aussi des repères qu’on trouve en nous ».

« Le temps d’une émission de radio, se faufiler dans les pages du livre et tenter d’y faire vivre les pulsions, les émotions qui s’y cachent. Y mêler les voix « à vif » des soignés et des soignants, et celles, anonymes, de quelques habitants de Bondy.
Explorer les cris et les chuchotements, les brouhahas et les silences, les zones d’ombre et les fulgurances où « travaille » le soin psychiatrique, où circulent la parole et l’écoute de l’autre.
Prendre le risque de la déchirure.
Capter, « récolter les morceaux » et transmettre le va-et-vient des mots et des voix où filtrent la souffrance mais aussi les instants de plaisir et les grandes interrogations sur le monde, la vie, la naissance, l’amour, l’exclusion, la mort. © Françoise Séloron1995 »

Presse  :

Espéral » bulletin CGT, hôpital des Murets, n° 5, 1993.

Extrait du livre « Le sentiment de la Psychogéographe » d’Annie Vacelet. Ed. By Tarika.

- II y a des mots qu’on aurait mieux fait de ne jamais utiliser. Avec le temps ils prennent un sens incroyable et se retournent contre nous.
- Quels mots ?
- Le mot secteur, ce mot inventé, il y a longtemps, pour dire que nous travaillons avec les gens. Près des gens.
- Secteur comme tiens bonjours ! Joli temps pour la pêche.
- Hier j’ai compris que la sectorisation est devenue une technique de découpage administratif.
- Sécateur.
- Dans tel secteur vous avez tant d’infirmiers. Dans tel autre, ils en ont moins, on déplace. Imagine la valeur qu’a pris notre travail avec un tel détournement de langage.
- Rendez nous le secteur ! Rendez nous l’histoire en train de se faire ! Des traces, des rythmes. La parole. Ce qu’elle lie, ce qu’elle laisse.

Vie Sociale et traitement, Maurice Mallet, CEMEA, 15 juin 1993.

“ EST-CE QUE JE VAIS ME RECONNAÎTRE DANS CE QUE TU ÉCRIS ? "
J’ai travaillé dans les lieux, j’ai travaillé les lieux eux-mêmes je les connais. J’ai travaillé avec Annie, le « faire » pour le « dire », le « dire pour le faire », nous avons appris ensemble, nous nous connaissons !
Son écriture fait scandale. Elle est en soi une révolution douce, mais une révolution quand même, ou pour le moins un passage à l’acte.
Ne croyez pas qu’elle soit l’interprète de ce qui se vit dans un lieu de soin. Même devant la nécessité des urgences douloureuses qui traversent cet espace, elle ne cède pas la place à l’interprétation. Elle est acteur.
Annie a su dépasser l’outrage des réminiscences pour faire accéder tout le monde au « je ». Pas seulement dans son livre mais aussi dans son travail. Se coltiner le quotidien, c’est quelque chose.
Elle décrit la simplicité des mots après un coup de rasoir, où tout se banalise autour de petits gâteaux. Elle décrit ce qui reste dans l’âme de tout ceux qui bossent auprès de ceux qui souffrent. Ce qui reste nous tient en éveil, nous empêche d’être totalement dans la névrose ordinaire.
Nous sommes dans l’extraordinaire d’une névrose incontournable, celle de ceux qui en savent long et qui ne savent pas quoi en faire, si ce n’est un LIVRE. Voilà !

Psychologies et Psychologies, Emmanuel Garcin, n° 114, bulletin du syndicat national des psychologues, oct 1993.

“ FAIRE ÉTAT DE SES CONVICTIONS, DE SES EFFORTS POUR RÉVEILLER L’IMAGINATION LÀ OÙ LA PEUR DE L’IMAGINAIRE RÈGNE, SANS MANQUER DE STYLE, N’EST PAS UNE MINCE AFFAIRE. ”

Annie Vacelet s’y est employée dans un livre sur son expérience de bientôt 18 ans de psychologue-psychanalyste dans un service de psychiatrie. Un livre qui tente de rendre sensible le sens de la poésie, l’attention aux inventions liées a la douleur psychique, le pistage des parcours de paroles qui prennent leur importance d’être suivies à la trace, 1’ecoute et ce que ça fait d’écouter. C’est un livre qui avait besoin d’être écrit. II 1’a été. Faute d’éditeur, il est en dépôt dans plusieurs librairies parisiennes spécialisées. Les esprits curieux peuvent également se le procurer chez l’auteur.

Psychologies, Isabelle Taubes, n° 114, nov1993.

Une psychologue tente de faire tomber les murs de l’hôpital, pour écouter vraiment la souffrance psychique. By Tarika 156p

Globe Hebdo, le choix de La Hune, 1-17 août 1993.

Le sentiment de la Psychogéographe, by tarika.

Science et vie, Dominique Meens.

NOTRE AMIE Annie Vacelet dont aucun de nos abonnés n’a été surpris qu’elle reprenne un terme usité des situ pour le titre de son bouquin, à savoir "psychogéographe", notre amie Annie Vacelet va donner de la voix à la radio. Atelier de recherche et de création radiophonique, sur France Cul, un de ces jours, elle nous préviendra je suppose.

La psychanalyse en Europe, Frédéric de Rivoyre, revue Internationale de psychanalyse, ed Eres,1993.

Annie Vacelet n’a pas froid aux yeux. Quand son regard de géographe se pose sur vous, on se sent comme délivré du poids des faux-semblants et des simagrées qui accompagnent ordinairement les relations dites sociales. II y a de la fougue dans le personnage, mais c’est son exigence qui frappe d’emblée. Son livre est donc un travail qui cache derrière un style enlevé, parfois proche du style éclaté du Nouveau Roman, une exigence de pensée portée jusqu’à l’extrême de ses capacités.
Annie Vacelet écrit comme si demain était trop loin : il faut arriver à tout dire, tout montrer : il y a la ville, la banlieue, son espace chaotique et son histoire qui affleure par endroit, 1’histoire des premiers cheminots, la forêt d’autrefois, les potagers perdus, les maraîchers, et puis il y a 1’équipe des « soignants » les infirmiers, les médecins, les psychos, tous saisis dans leur singularité, tous vivants ; et puis encore avec ceux-là : les patients qui débarquent de leur difficulté à être et qui en mettent un peu, là où ça passe, là où ça tient encore. Et puis les structures, l’hopital, la DDASS, l’Etat, la mairie, le pavillon, le centre d’accueil, 1’association...
Et puis encore il y a Tennessee Williams, Artaud, Rilke, Machiavel, Antigone, et Freud bien sûr, et certainement Lacan.
Ce n’est pas en effet la moindre des gageures de ce livre que de porter la marque de l’exigence à laquelle tout psychanalyste doit se rendre, à savoir : chercher à rendre compte de son acte. C’est là, sans doute, ce qui me touche le plus dans le travail d’Annie Vacelet.
« C’est avec le rêve, le travail du rêve qu’on va s’en sortir » (P. 144).

Psychologues et Psychologies, Pascal Le Malefan, n° 142, Mai 1998.

Annie Vacelet, Le sentiment de LA PSYCHOGÉOGRAPHE, Paris, By Tarika , 1993.
Les psychologues n’écrivent pas assez, lit-on souvent. Ce livre est là pour prouver le contraire. II est avant tout une aventure d’écriture faite par une psychologue qui, pendant une année, a été payée par la Fondation pour le Progrès de 1’Homme pour rapporter la chronique de ce que d’autres font, disent, là où ils errent, souffrent, travaillent. Ces autres sont les soignants et soignés du 14ème secteur de psychiatrie de Paris, dans la banlieue nord-est. Le style emprunte au nouveau roman ; il y a du Claude Simon chez Annie Vacelet.

II ne faut pas chercher dans ce livre d’exposé théorique sur !a psychose. Les références n’en sont pas pour autant absentes. Lacan est souvent cité, Lévi-Strauss aussi. L’auteur se positionne donc et signale ses appartenances.
II s’agit plutôt d’une dérive, lente, comme, peut être, le temps de la psychose et des institutions qui 1’accueillent. Mais avec parfois des accélérations dans 1’ecriture même : dia-logue entre soignants, interpellations, récit de moment délirant, critique de 1’administration, dénonciation du sort de la psychiatrie. Cette phrase par exemple, supposée venir d’une infirmière : "Et ces thérapeutes confirmés, patentés qui font comme si de rien n’était ! Bientôt, en réunion, on en sera à analyser la différence entre les silences. Ça dégonfle le petit personnel ! Aujourd’hui, je leur ai dit : vous ne parlez que des patients. II faut parler des soignants, des états paniques des infirmiers." (p. 112)

On pourra être amusé, ou agacé, de rencontrer à plusieurs reprises une image plutôt critique du psychologue et de ses prétentions. A moins qu’Annie Vacelet ne se moque un peu d’elle-même, grâce à cette position d’extériorité de l’écrivain-observateur. Elle se dit en la circonstance « psychogéographe » explorateur d’un territoire connu mais qu’elle redécouvre parce qu’elle en écrit les contours. Une pratique de la lettre qui transforme le sujet lui-même.

La dérive du texte évoque irrésistiblement la dérive d’une psychiatrie perdant ses repères, ses idéaux. La dénonciation est ici féroce et l’écriture militante. La question est alors de savoir comment Annie Vacelet a-t-elle pu redevenir psychologue après cette expérience de voyage/voyure « au [bien triste] pays de la psychiatrie » ?

Presse radio  :

Télérama, Martine Lecoeur, 11 Mars 1995.

PSYCHOGÉOGRAPHIE.

Dans les années 60, la psychiatrie rompt avec l’enfermement des « fous » et ouvre les portes des asiles, développant ce qu’on a appelé la psychiatrie de secteur : les structures se sont multipliées dans la ville — hôpitaux de jour, appartements thérapeutiques, diverses annexes, et « maisons-mères » plus ou moins lointaines. Les malades mentaux y ont certainement gagné ; l’Etat et la société, eux, se sont souvent acheté une bonne conscience, se déchargeant toujours davantage sur les équipes soignantes qui s’épuisent à jongler avec des moyens insuffisants et des politiques indifférents, et récupèrent de plus en plus d’exclus de la société.
Cet Atelier de création se déroule dans un va-et-vient constant entre cette réalité sonore éprouvante et les lieux dispersés où l’on retrouve malades et soignants. Lieux de paroles, d’échanges, d’humanité. Les langages s’enchevêtrent. ne se rejoignent pas toujours : il a celui d’un livre (Le Sentiment de la psychogéographe, éditions Tarika), écrit par une psychanalyste de l’équipe, Annie Vacelet, aux accents trop durassiens : celui de la même, mais vivant, pertinent, qui secoue les consciences, bonnes et mauvaises ; celui du médecin-chef. Guy Baillon, qui donne sa cohérence au travail entrepris, liant le concret à « l’esprit d’utopie », et celui des patients qui parlent souvent « à côté », allant de la leçon apprise à la pure poésie.
De cette émission, on retiendra surtout le découragement et la révolte d’Annie Vacelet devant l’envahissement du social — « en plus de la souffrance, on doit endosser la pauvreté et le chômage » —, et sa crainte que la psychiatrie de secteur, sans le relais du monde du travail et de la société, ne « recrée des ghettos dans la ville, plus joyeux peut-être, mais... ». Et aussi la belle « utopie » de Guy Baillon qui voudrait « des mètres carrés et des hommes en quantité suffisante », et pouvoir préserver l’essentiel : « l’innovation » .

La semaine de Radio France, Chantal Gayet-Demaizière, n°97, 11 mars 1995 :

« CHRONIQUES DE LA FOLIE RENDUE A L’ORDINAIRE... Atelier de création radiophonique.

« A Bondy, à l’est de Paris, la folie se vit hors les murs, se promène dans la ville, prend la parole et la partage, et apprivoise -depuis vingt ans- le monde du dehors, des autres, de la rue, des commerces et des bistros... La folie ? Mais quelle folie ? Appel à témoignage...

« Ce n’est pas à un éloge de la folie, façon Foucault, que nous convient aujourd’hui Françoise Séloron et son équipe, mais d une sorte d’intrusion promenade, à la fois simple et intimiste, dans les lieux de vie et de parole où patients et soignants, habitants et amis, affrontent ensemble la souffrance, mais aussi les instants de plaisir, de découverte de soi-même et d’autrui, et les grandes interrogations sur le monde.

« Pour bien parler de ce que nous faisons » affirme en effet Guy Baillon, psychiatre et médecin chef du secteur, « il faut être poète. Car si l’on prenait le mot à mot des paroles des patients, quelle merveille... ! Richesse de spontanéité, mots justes, perspicacité à notre égard, causticité, lucidité dans nos propres inconscients... Si on n’est pas poète, on ne sera pas bon thérapeute. Parce que l’on ne va pas avoir cette capacité de jouer, d’être une sorte de tissu qui frissonne devant tel rayon de lumière et qui renvoie des tas de choses... C’est pourtant de cela dont il s’agit. »

« Ici, à Bondy, la folie perd son masque d’angoisse et d’effroi et les rapports sont ceux de respect, d’attention affectueuse, de calme et de douceur.
« La folie ? Mais... quelle folie ?
« Dedans, dehors, collective et au plus intime de 1’homme, elle est d’abord une différence à laquelle - ici et là - il faut apprendre à consentir.

Le Monde Radio / Télévision, Armelle Cressard, 6 mars 1995.

« Chroniques de la folie à Bondy : France-Culture 20h30

« FAIRE DISPARAÎTRE LES MURS.

« Quand un jardin de curé entouré d’une barrière bleue devient un laboratoire où s’invente la psychiatrie de demain.

« A l’origine, un cri ! Un livre en forme de cri : le Sentiment de la psychogéographe d’Annie Vacelet, membre d’une équipe de psychiatrie « hors les murs » à Bondy, banlieue est de Paris. Paroles « à vif » de soignés et de soignants : « On ne travaille plus avec les murs, vous savez, les vieux murs, mais avec des repères qui existent et aussi des repères qu’on trouve en nous. »

« Un vieil immigré italien raconte comment était la ville dans les années 20 : un petit village perdu au milieu de la grande forêt de Bondy et il y avait même une scierie à la place du supermarché. Maintenant il n’y a plus de forêt, mais une banlieue bruyante déchirée par une nationale encombrée de camions. Pour rendre compte du contexte urbain, la productrice a donné volontairement à son reportage un arrière-plan tissé de brouhaha et de grincements de freins qui agace et gêne l’écoute.
« Au-delà du bruit, les malades parlent d’amour et de guérison, les soignants parlent d’autonomie, de repères et de lien social, mais certains d’entre eux racontent leur lassitude. Intéressant.

Premières pages du livre  :

« Je ne rêve plus, je prends la voiture.
Je n’arrivais plus à supporter, sous terre, le brouhaha, l’abandon soudain d’un seul.
Un type. N’importe lequel d’entre nous. Qui insulte. Au moins, ne pas le voir. Lui contenir sa détresse en détournant le regard vers l’extérieur.
L’extérieur ? Il n’y en a pas. C’est le tunnel du métro, les affiches publicitaires. Roule ! Tu ne peux plus compter que sur l’extérieur, à l’intérieur. Cette fois, protégée, je respire mon air, je manie mes vitesses.

Réflexion faite, ce véhicule ne m’appartient pas. Il est à quelqu’un que je viens de quitter. Peut-être est-ce lui qui m’a quittée ? Ce matin, projetés l’un contre l’autre, nous nous haïssions. Ce n’est rien. Il fallait juste qu’un corps vienne soulager un autre corps de sa pesanteur. Ce n’est rien. Le monde recèle un trop plein de lassitude.

« La voiture est un cube. Sur les parois du cube… Je passe la maison rose avec des volets verts et des cœurs dans les volets. J’entre en banlieue. Surtout, ne pas oublier ce que la maire m’a dit. Au prochain feu rouge, je note. Vert. Au prochain. Stop. Ici. Le maire sort d’une réunion sort d’une réunion, une de ces réunions tard le soir, inter- municipale.« Se perdre en banlieue, c’est magnifique. Là-bas , il y a des bâtiments comme des paquebots au bord d’un autre monde prêt à décrocher. Dépêchez- vous de faire ce film. Moi, je n’arrive plus à me perdre . »

« Avoir eu si fort envie de partir. Je reviens. C’est au moins ce que j’assurais à Tania avant son départ au Nicaragua. Elle disait : « Je n’en peux plus, je pars ». Je lui ai répondu : « Je n’en peux plus, je reste .
- Tu dis ?
- Voyager sur place.
- Je n’en peux plus d’être là. »

À cet instant précis, une personne était entrée dans le restaurant en parlant fort : « L’amour ça me glande ! » Minutieuse chirurgie. L’autre, c’est dans les tripes qu’on l’a. Le voyage ? je ne sais plus. Une capacité de l’humain que je supposais vaste.
Je me rappelle maintenant.

Il y a un bidon de cire posé sur le passe-plat. La sauce mordorée du riz a pris un goût d’encaustique. Cire. Sauce. Miel. Sauce au miel. La couleur orange, industrialisée, en boîte conditionnée métal. Je n’en peux plus d’être !
La fourchette suspendue, je ne sais plus ce que j’avale.
Mais nous nous arrêtons où nous voulons dans la rencontre. Nous avons le choix, nous nous choisissons. Lévi-Strauss commençait ainsi : je hais les voyages et les explorateurs.

Retour Paris-France, Ménilmontant. Pourquoi habiter ici ? Des visages violets s’affairent sous le carrelage blanc. Confiance. Je fais confiance. Quitte à me marier à la cruauté, je gagnerais de la réalité en restant. Je deviendrais psychanalyste.
Depuis ce soir-là, 1983, du temps a passé. L’aide humanitaire a remplacé la révolution. Le socialisme à la française a fait le repartage entre l’art et le quotidien. Pendant que la Culture laissait se développer un abîme entre les uns et les autres, j’apprenais à me tenir assise sur une chaise, le regard vissé à mon masque, une petite fenêtre éclairée dans une chambre noire.

Voyager sur place ? Approximativement, jusqu’où ?
Aujourd’hui n’est pas comme les autres jours. Je pars en expédition d’un an au pays de la psychiatrie où je travaille habituellement mais, pour en rapporter un écrit. Une indication vague, très vague : Chroniques périphériques.

Que disait Fabrice ? Rythmique fabriquée, un ramassement d’ici : « Dénoue, fais sauter les verrous. Avec de la vitesse, tu entres dans le bleu. Ecoute avec les pieds. Nous n’avons pas cessé de marcher ». Ah, oui, les fantassins. Ceux qui font exister les choses, ceux qu’on n’entend jamais. Un régiment de tirailleurs. Ce qu’ils ont à dire ? Il y a trop de mots, trop de choses, trop de tout. Je construis contre ce qui arrive. Ça arrive à qui, à tous ? Je voudrais m’éloigner.
Pour t’éloigner, rapproche-toi, tu n’es pas assez dedans.
Je sais.
Serre sur ce qu’il y a à voir.
Pas trop non plus.
Ce matin, je me suis réveillée avec le mot armée. Il s’était détaché du langage. Il flotte. Au Nord de l’Irak, non loin des frontières kurdes… je ne sais plus ce qu’est une armée. Disséminé, l’objet. Source, reflet, rencontre en un point qui n’existe pas. La lumière file en perspectives silencieuses, de grandes lignes tombées par le ciel sur la terre aplatie. Ici, pas de monument dressé, pas d’appel, de réclamation. L’œil traverse le plan. C’est la zone. Faute de frappe. Ici, on est à Zonz, en pays de Zonzie.

« Je pose le dictionnaire ouvert au mot : anodin, sur une table, à l’Annexe, le café qui se trouve en face de l’hôpital de jour de Bondy. Daniel vient s’asseoir directement. Il tourne le dos à la rue. Je lui raconte le panorama : immobilier, pompes funèbres, l’église, le magasin de surgelés, une cave à vins. Quel travelling. Et à l’intérieur ? Les gens, le garagiste, les employés de la mairie, une bande de prospecteurs immobiliers, un lycéen bien habillé.

Échange de regards avec la patronne, signe : Deux ? Non, un. Daniel parle avec les mains comme à la bourse, en demis de bière. Les yeux fermés, je me la joue en aléatoire linguistic système : souffle, douceur, oublier, partir vers des bords.
Daniel enchaîne : dedans, dehors… Ohrm est encore là ? Il faut trouver quelque chose, il souffre trop. Comment travailler avec lui le sens d’une hospitalisation ? Il ne veut rien entendre. Et toujours sans chaussettes. Ohrm raconte à la cantonade : « Cette nuit, dans mon rêve, on me remettait en psychiatrie. C’était délicieux. A l’hôpital, pas besoin de chaussettes ! Elles sont passées par la fenêtre et plus vite que ça . » Qu’avons-nous à leur proposer d’autre ? Un mois dans une maison de repos ? L’hôpital de jour organise une semaine à la montagne, mais en septembre seulement. Un centre d’adaptation par le travail ?

La patronne ne tarde pas à nous donner son avis : « Il n’est pas bien aujourd’hui votre client. Il veut se faire enfermer à vie. J’essaye de lui expliquer que nous sommes enfermés dans la vie . Non ? » Puis repart vers sa cuisine : « Il faut laisser vivre le fond des choses, il fait que je me laisse vivre, laissez- moi . » Il est 13 heures. La brasserie affiche complet. Lisa s’ouvre un chemin, heurte au passage un homme très raide et me dit : « Qu’est-ce, lui, avec son air de ne pas vouloir ? Je peux te parler ? Je ne vais pas bien. Il y a un instant, comme Eric me disait : « Les films de cow-boys racontent des histoires de paysans, je lui demande d’où il vient. Il me répond que je suis sa seule famille ; que l’hôpital de jour est devenu sa maison.
- Et alors ?
- Ça me fait peur.
- Est-ce que tu sais où est ta maison, toi ?
- Je paie très cher et je n’arrive toujours pas à répondre à cette question. »

Sophie arrive en soufflant :
« Ah, j’ai b’soin d’vacances. « Tu veux un café. Qui veut du café. Je fais du café. Il n’y a plus de café. » J’arrive rien à entendre d’autre aujourd’hui. Eric t’attend pour aller acheter des billets de théâtre.

En sortant, Lisa tombe sur le même type. Elle éclate de rire : « Il y a des collines bien décidées à ne pas bouger ! » je la rattrape : « Hé, vous allez voir quoi ? »
Marat Sade à Bobigny.
Non !

CONTACT :
Annie VACELET Psychologue Psychanalyste Écrivain Cinéaste
N° SIRET : 394 336 242 000 18
11 rue du Rhin
75019 Paris
01 42 06 90 85- 06 77 49 58 73
annievacelet yahoo.fr
http://www.vacelet.org

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