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PSYCHOLOGIE HARDCORE

D 8 juillet 2011     A Annie Vacelet    


RIEN DE MIEUX QU’UN AMI QUI RANGE SA BIBLIOTHÈQUE et vous contacte via Facebook pour vous dire qu’il vient de retrouver le livre que vous avez écrit et publié 18 ans plus tôt, lorsque vous étiez encore psychologue psychothérapeute psychanalyste !

- Laurent M. :
Ai retrouvé ton autre livre : "Le sentiment de la Psychogéographe"
Hier, à 08:54 · J’aime · Voir les liens d’amitié

- Annie Vacelet-Vuitton : Entre 1990 et 1993, je l’ai écrit dans la plus grande urgence à dire, faire sentir, donner à éprouver ce que je me "tartinais" (en équipe) dans les institutions psychiatriques en plein déclin malgré nos efforts pour créer avec les malades (bon ou mauvais ?)

Je me suis aperçue, pendant le travail d’écriture, que j’éliminais progressivement le corps : les perceptions et les sensations - sauf les musculaires dues aux déplacements dans l’espace, et encore, mécanisées par l’utilisation de la voiture ; que j’éliminais les discours théoriques pour la conquête desquels j’avais tant travaillé, et aussi le récit que je m’interdisais au nom du respect des autres : je ne pouvais m’imaginer envahir l’autre avec mon propre imaginaire ! (Voilà bien la névrose du thérapeute, une névrose si bien entretenue par/pour notre cher Lacan qui n’a cessé de nous seriner que l’Imaginaire c’est du caca.) J’ai aussi éliminé, par respect, la quasi totalité des magnifiques histoires des patients. Il n’était pas correct de prendre les histoires des patients.

Que restait-il ? Que représentait un tel texte ? Je pense qu’il s’agissait d’un tunnel, un travail de taupe, de terrassier, qui consistait non pas à bâtir autour d’un vide, mais à creuser dans le plein*, un travail intime directement branché sur l’histoire et le réel, l’animal, le langage pris comme matériau.

Sur cet axe où, devenue quelconque (un ver de terre qui lutte pour sa transformation en une abeille selon Rilke ?) , je me soumettais au terrifiant désir d’écrire ce qui me semblait signifiant : la marque de l’effacement d’une trace.

Ai déployé ce texte témoignage, contre-témoignage, poétique, contre-poétique, le vital "retournement du retournement de la vie" (Je donne ici la définition de l’art véritable proposée par les Situationnistes.).

Ai déversé ce texte : "Le sentiment de la Psychogéographe", une sorte de vomi tellurique dans lequel je me suis frayé un passage en direction de l’impossible métaphore du Nom du Père (le langage articulé) qui se trouvait en l’état, renversée, retournée, “retournementée”, tourmentée, maltraitée, contournée ; une vraie transe anorexique, boulimique, hystérique, thyroïdienne... Un tel fourbi, que pas même une “mère de schizophrène” eut été capable d’y retrouver les épingles avalées par son fils.

Ai continué d’écrire en me disant qu’un jour, une actrice solitaire ou bien cent cinquante deux acteurs déterminés, s’empareraient de ces pages pour leur redonner corps....?

En 2009, ai ré-écrit le texte. Ai retiré certaines tirades poétiques trop hystériques que je garderai pour en faire un texte à part. Ai reformulé les parties théoriques (Il y en a une sur le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel que j’ai eu un certain plaisir à reprendre sur un mode héroïque et lyrique), en utilisant une forme narrative - "récitative" comme dirait les Situationnistes - plus affirmée. Lorsque j’aurai le temps, je re-publierai tout cela... Hier, à 09:17 · J’aime · 1 personne

- Annie Vacelet-Vuitton : En référence aux textes des Situationnistes que tu nous envoies sur Facebook, cher Laurent M., dans lesquels ils critiquent à mort la forme "récit", je crois que tout récit n’est pas "récitatif" ou "distractif" comme ils disent. Je pense que pour survivre, il nous faut réinscrire du récit comme habitacle du corps. C’est mon cas, et je crois qu’il peut être amusant de nous rendre maitres de nos dires (un peu, juste assez, enough). Car, nous ne sommes pas seulement parlés par l’Histoire, l’Inconscient, le Destin, le Langage, la Technique. Nous sommes aussi vachement humoristiques lorsque nous jouons avec.
Hier, à 09:26 · J’aime · 1 personne

- Annie Vacelet-Vuitton : Et puis, ce bouquin "Le sentiment de la Psychogéographe" était une performance... Mon pari était d’écrire de façon hardcore, et d’arrêter un an plus tard, jour pour jour. Ce n’est donc pas une forme mais plutôt une sorte d’événement géologique : des plissements avec des éruptions, des surgissements, des cassures. Je me souviens : des pans entiers de la montagne glissaient...

* À propos du plein et du vide, je me souviens de ce que disait Christian de Portzamparc dans la revue "Lumières de la Ville" années 1990.

* Un lien : "Quand les architectes n’ont pas peur du vide". Et, "La question du logement".

http://www.citechaillot.fr/vod.php?id=217

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