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La lecture au jour le jour.

Journal de bord

D 21 janvier 2018     A Annie Vacelet    


Une Lecture Marathon ? Good idea… do it !

6 juillet 2016.

Mise en perspective du calendrier, cycles, recyclage, retour et contorsions… je valse avec le temps, le prince noir aux électriques manières, et souhaite fêter, en 2017, l’intensité des années qui me permirent d’écrire en 1991 « Le sentiment de la psychogéographe ». Je cherche donc un endroit où lire ce texte dans son intégralité ; écrit sur un mode hardcore, rédigé en plein vol, il ne demande qu’à exister sur scène, frontalement.

7 juillet 2016.

Je prévois une lecture marathon de plusieurs heures, censée prendre en charge, de par son absurdité temporelle même, le réel de l’épuisement qui menace régulièrement les équipes soignantes, en psychiatrie, une lecture où se relayeront plusieurs voix sans mise en scène particulière.

Christian L. :
- Bonne idée de reprendre toi-même le sentiment de la psychogéographe ! Je me rappelle en avoir lu des passages dans les années 2000 à Valence, je m’étais éclaté !
Annie V. :
- Merci Christian. Nous ne céderons plus sur rien, ni les rires, ni la nuit, ni la démence et son charme.
Sophie R. :
- Annie en plein débroussaillage et/ou débardage.
Annie V. :
- Au cœur de la forêt disparue de Bondy. Cette lecture sera mon prochain voyage, au travers d’une brousse mentale, dans l’Agades des esprits périphériques.
Sophie R. :
- J’y serai !

Cette lecture sera l’occasion de nous rappeler à quel point, jusqu’à quel point, la psychiatrie a su dévoiler, au cours de périodes historiques denses, certaines nécessités, par exemple celle de se départir de l’esprit asilaire.

9 juillet 2016.

Il me faut un théâtre, une scène sur laquelle hisser cette parole extraite de l’hôpital pour qu’enfin soient représenter, darstellung, darstellbarkeit, mis à l’épreuve du Réel de la scène la vorstellung fermée sur elle-même entre les pages du livre ! Je pense à plusieurs endroits : le 104 dans le dix-neuvième arrondissement de Paris, une bâtisse monumentale destinée aux Pompes Funèbres, aujourd’hui transformée en aire culturelle, l’arrière-salle du Café de Paris, rue Oberkampf, une boîte où Edith Piaf s’égosilla, la Bellevilloise, une ancienne coopérative ouvrière fondée au lendemain de la Commune. J’exclue tous lieux misérabilistes.

12 juillet 2016.

Le livre « LSDP » est épuisé c’est pourquoi il doit se réincarner en s’auto-performant. Cette ré-édition orale est une métamorphose… en acte : act, acting out, enclenchement d’une parole au moyen de l’acte, la lecture exceptionnelle de l’intégralité d’un texte de cent cinquante-six pages. Durée estimée : sept ou douze heures. Lieu : quelque part dans le Paris… parce qu’il est nécessaire, pendant que le terrorisme et les idéologies moyenâgeuses s’acharnent, d’apprendre à survivre en « s’auto-affectant », corps et pensée liés, ainsi que Spinoza l’explique dans l’Ethique : « … nous ne faisons effort vers aucune chose, et ne tendons pas vers elle… parce que nous jugeons qu’elle est bonne ; c’est l’inverse : nous jugeons qu’une chose est bonne parce que nous faisons effort vers elle, que nous la voulons, et tendons vers elle… »

27 juillet 2016.

Pas de poésie sans action !

27 juillet 2016.

Remember : « Il y a, à la base de la politique une « esthétique », à entendre en un sens kantien, éventuellement revisité par Foucault : un découpage des temps et des espaces, du visible et de l’invisible, de la parole et du bruit qui définit à la fois le lieu et l’enjeu de la politique comme forme d’expérience. La politique porte sur ce qu’on voit et ce qu’on peut en dire, sur qui a la compétence pour voir et la qualité pour dire, sur les propriétés des espaces et les possibles du temps. » Jacques Rancière, Le partage du sensible, revue Multitudes, été 1999.

28 juillet 2016.

Le sentiment de la psychogéographe, un texte à la langue rocailleuse, sauvage, souvent austère, rébarbatif, fait tout pour être déclamé, escaladé vocalement, piétiné, brisé, à coups de pioche s’il le faut ! Avant lecture, peut-être ferai-je une annonce préalable afin d’en contextualiser l’écriture, peut-être remonterai-je jusqu’aux années 1990, celles du triomphe, sur la parole clinique, du discours scientiste qui allait tout emporter sur son passage ! C’était le début du retour de la neurologie ! Après ce tsunami qui durera presque trente ans, que reste-t-il de nous ? Rien ! Quelques traces statistiques dans les tiroirs par l’Etat ? Et encore !

PS : Ici notable retour des adjectifs qualificatifs comme « rocailleuse », « sauvage », etc. que nous n’employions plus guère dans les années soixante-dix et quatre-vingt, préférant les verbes si possible à l’infinitif afin de bien marquer notre détermination d’éliminer toute imaginaire, et toute sensibilité, le Sujet ne s’appréhendant plus à cette époque, que par sa structure et ses déterminants… nous ne pensions qu’aux phénomènes d’aliénation, à la prééminence du Symbolique, de l’Autre, de la castration, et de son héros principal : le Sujet de l’Inconscient… allez, allez, un peu de douceur... faire revenir les adjectifs qualificatifs, leur insolence, leur gaîté. »

30 juillet 2016.

Pas de nostalgie, vivons l’hétérotopie pleinement !

10 août 2016.

La salle est trouvée. Il ne s’agit ni d’un théâtre, trop cher, ni de l’arrière salle d’un cabaret, trop, idem, mais du centre d’Anim de la place des Fêtes, dans le Paris 19, l’endroit le moins pollué de Paris, facile d’accès même de la banlieue. La vie est belle. Aussi belle que la salle, magnifique, pouvant accueillir une centaine de personnes, la salle du « Ça » (sic).

14 août 2016.

Une lecture intégrale qui se fera sous le parrainage de l’association « Le Grand Théâtre » et de son président Jean-Marc Luneau.

23 août 2016.

Concernant l’histoire des réformes en psychiatrie, je trouve sur internet une bonne mise au point de Valérie Pera-Guillot : « La psychiatrie, malade de ses réformes. » Lacan Quotidien 598.
Citation : « Dans les années quatre-vingt, une vague scientiste réduit la clinique psychiatrique à n’être plus qu’une pratique médicale généraliste, conduisant à une dissolution de la psychiatrie française dans l’Evidence based medicine (EBM). La première attaque remonte à 1986 lorsque l’internat de psychiatrie est remplacé par un diplôme d’enseignement spécialisé ; la spécialisation en psychiatrie résulte dès lors plus souvent d’un classement à l’internat que du choix du candidat.
Parallèlement, la pénurie de psychiatres s’organise…
De plus, en 1992, le diplôme d’infirmier psychiatrique est remplacé par un diplôme unique d’infirmier d’état, englobant médecine, chirurgie, obstétrique et psychiatrie. »

Annie V. : Je suis entièrement d’accord avec cette analyse, particulièrement le dernier point qui concerne la suppression de la formation des infirmiers, dont j’ai pu observer les effets immédiats. La suppression du statut d’infirmier psychiatrique, qui s’est accompagnée d’une suppression soudaine de la formation liée à cette fonction, fut une catastrophe, cliniquement et poétiquement parlant.

24 août 2016.

Cynthia Fleury, philosophe, propose de la philosophie à l’hôpital.

Annie V. : De la philosophie à l’hôpital ? Pourquoi pas ! Je reprends ici le questionnement de Laurence S., médecin-psychiatre, chef de pôle à Ville-Evard : « à condition que l’on conserve également des postes d’infirmiers formés, de psychologues psychanalystes, d’éducateurs, de psychomotriciens, d’orthophonistes, de cuisiniers, de jardiniers, des professionnels tous plus géniaux les uns que les autres. »
J’acquiesce et j’appuie la remarque de Laurence S. en disant que la disparition d’une certaine diversité humaine sur les lieux de soins n’est pas payante en termes de résultats.

25 août 2016.

Seconde conférence de Cynthia Fleury à propos du courage : « La psychanalyse, une éthique du courage ? Chaque individu connaît une phase d’épuisement et d’érosion de soi. Comment convertir le découragement en reconquête de l’avenir ? »

16 octobre 2016.

Je me rends à la journée intitulée « Quelle hospitalité pour la folie ? », une tribune organisée par le Collectif 39, à la Parole errante, métro Croix de Chavaux.

Une réunion où il sera question de la folie, la tienne, la mienne, la vôtre, la leur. Gros chantier.

16 octobre 2016.

La Parole errante à Montreuil… ici, l’on panse.

17 octobre 2016.

Eric Favereau, du journal Libération, réagit, dès le lendemain, avec son article intitulé : « Psychiatrie… l’administratif est-il trop pesant ? »
Je le retranscrits ici dans son intégralité, curieuse de confronter l’image de la psychiatrie de 1990, telle que je souhaite la voir réapparaître, le temps d’une performance, et celle de 2017, telle qu’elle s’expose à la Parole errante. Les discours ont-ils changé ? La problématique a-t-elle évolué ?

Eric Favereau écrit :
« Ce dimanche, dans le lieu assez incertain de la Parole errante à Montreuil (Seine-Saint-Denis), s’est tenu un colloque autour de « l’Enfance effacée », une manière « politique et poétique » pour parler de la crise profonde que traverse la pédopsychiatrie en France.
Organisée par le collectif des 39, ce fut une journée chaleureuse, éclatée, avec un mélange d’histoires racontées et d’analyses politiques. Une mère de famille, Valérie Gay, est ainsi venue témoigner. Elle est mère de quatre enfants dont le dernier n’est pas tout à fait comme les autres. « On a eu droit à tous les diagnostics, maintenant on dit autisme Asperger. » Puis : « Théo était mutique, on était dans une énorme solitude. Chaque fois que l’on essayait une institution, ou que l’on frappait à la porte d’une administration, on nous renvoyait à des normes. Cela n’allait pas à notre fils. Il a fallu que l’on entre en résistance », dit cette femme.
Peu auparavant, le Docteur Roger Ferreri, longtemps chef d’un service de psychiatrie infanto-juvénile dans le département de l’Essonne, avait dressé un bilan inquiétant : « Après nous être battus contre la nuit sécuritaire (en décembre 2008, Sarkozy, alors président, dans son fameux discours à l’hôpital psychiatrique d’Antony, avait présenté les malades comme des êtres dangereux dont la société devait se protéger, ndlr), voilà qu’aujourd’hui il faut se battre contre la nuit… gestionnaire. »
Voulant par ces mots dénoncer le poids démesuré de l’administration.
« La nuit gestionnaire » ? Belle et forte expression, mais est-elle juste ? À la Parole errante, on pouvait parfois avoir l’impression d’un disque rayé, d’un discours si violent que cela évitait d’évoquer les responsabilités des propres acteurs. Mais, en écho, au même moment, a été rendu public le rapport « relatif à la santé mentale » de Michel Laforcade, aujourd’hui directeur de l’Agence régionale de santé de la Nouvelle-Aquitaine. Un rapport inédit, aussi technocratique que désespérant. Son auteur n’est, pourtant, pas n’importe qui. Dans le monde un peu gris des directeurs d’agences de santé, Michel Laforcade est un haut fonctionnaire qui a plutôt bonne réputation. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, lui avait demandé en novembre 2014 ce rapport, qui lui a été remis en 2015. Puis rien. Et voilà que le dit rapport apparaît subrepticement, sur le site du ministère, la semaine dernière. Les raisons ? On n’en sait rien. Comme le faisait remarquer le député PS Denys Robiliard, « entre 2000 à 2009, il y a eu 15 rapports sur la santé mentale, avec des constats identiques et les recommandations de ces rapports n’ont pas été suivies d’effets ».

La mutation de la psychiatrie publique.

Le rapport Laforcade débute par cet incroyable aveu : « La question n’est pas tant de redire dans quel sens doit évoluer notre système de santé mentale que de proposer comment y parvenir, avec quels leviers, quelles alliances, quelles coopérations entre acteurs, quelles méthodes et quels moyens. » Étonnante analyse, car notre système de prise en charge de la maladie mentale évolue profondément, avec une réduction massive du nombre de lits, un éclatement des structures, un poids de plus en plus imposant donné aux médicaments, un recours accru aux mesures de contention ou d’isolement. Sans oublier le fait que le nombre de psychiatres va diminuer fortement, avec un départ massif de psychiatres jusqu’en 2025. La psychiatrie publique est en mutation profonde, sans que l’on ne sache vraiment vers où elle se dirige.
Dans ce rapport, on croule sous un jargon étouffant. « Les soins relèvent des généralistes de premier recours, des spécialistes et des équipes de secteur qui doivent offrir tout le panel de l’offre éventuellement en mutualisant entre plusieurs territoires. » Ou encore : « Les soins de réhabilitation relèvent de la compétence des spécialistes et des équipes de secteur : psychoéducation, remédiation cognitive, réhabilitation psychosociale, entre autres. Toutes les méthodes probantes doivent être connues des professionnels sauf à privilégier celle qu’ils connaissent au détriment de celle qui est utile pour le patient. »
Quesako ? Vous comprenez quelque chose ? Ou encore : « Pour les parcours les plus compliqués, il sera proposé de désigner des référents sur le modèle des gestionnaires de cas complexes qui ont fait leurs preuves dans d’autres domaines. Ces référents pourraient être employés par des services d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés ou par des centres ressources handicaps psychiques. Enfin, les publics spécifiques aux parcours parfois tumultueux (précaires, détenus, personnes âgées, personnes handicapées, adolescents…) feront l’objet de propositions particulières. » Et ce n’est pas tout : « S’assurer que la population dispose d’un "panier de services disponibles" sur l’ensemble du territoire en termes d’accès aux soins de proximité, de méthodes éprouvées, de continuité de prise en charge sans rupture et d’accès à des soins plus spécialisés sur un territoire de recours.
Soyons honnête, il y a quelques idées, avec ce constat que « le taux de chômage des personnes en situation de handicap est de 24% ». Et le rapport rappelle que « la question des droits des usagers est certainement un peu plus sensible dans le domaine de la santé mentale ». Mais aussi la question urgente du logement.

« Le cauchemar gestionnaire ».

Pour le reste… Lisons simplement la conclusion : « Ces éléments pourraient utilement trouver une traduction opérationnelle dans un texte de nature réglementaire, qui devra être élaboré en lien avec les professionnels, qui contiendrait la feuille de route pour les agences régionales de santé en matière d’organisation territoriale de la santé mentale (objectifs et outils), mais aussi l’ensemble des propositions relatives aux trois thématiques de la mission (organisation territoriale/parcours, métiers/formations, citoyenneté/droits des usagers). »
« Mais quelle grossièreté, de parler ainsi », s’étonnait un des organisateurs du colloque. Ce n’est pas « la nuit gestionnaire », cela devient « le cauchemar… gestionnaire ».

19 octobre 2016.

Comment rebondir à partir de l’article d’Eric Favereau ? La langue administrative nous déteste-elle, nous les thérapeutes, les patients, les citoyens ? Qu’en est-il de la langue des instances gestionnaires ? La langue sert-elle uniquement d’outil d’évaluation, de communication ou se doit-elle de s’affirmer comme l’un des vecteurs de production de la subjectivité ? Comment vivre et soigner dans l’entre-deux ? C’est autour de ces préoccupations que j’entrepris justement l’écriture du « Sentiment de… » en évoquant, dès les premières pages, la réduction de la signification du mot « secteur », qui désigna d’abord une pratique de soins ouverte sur la cité puis une simple une technique de découpage du territoire.
Il me semble, aujourd’hui, que ce livre fut écrit précisément pour ne pas céder sur la question de la langue et tout faire pour la récupérer lorsqu’elle s’était laissée inféoder.

20 octobre 2016.

Pour moi, le secteur fut avant tout l’expression du potentiel poétique commun, « l’ouvroir » des rêves de plusieurs générations de thérapeutes, citoyens, artistes, et patients.

Il est assez difficile d’envisager les choses autrement que sous cet angle.
J’ai écrit ce livre comme on se rompt les os en passant la montagne…

20 octobre 2016.

En réponse à l’article d’Eric Favereau, un message de Guy Baillon, médecin-chef.

Ma bien chère Annie,
Merci de me transmettre en direct ta réaction, cutanée ? Surtout je ne voudrais pas te faire croire que je sais m’exprimer aujourd’hui plus qu’avant en mieux que toi ! Si tu savais les bourdes que je suis capable d’écrire !à hurler parfois, mais on enterre et on regarde autrement après... N’est-ce pas le regard qui importe, sur les autres sur les choses sur soi peut être ou surtout ? Et Annie, à ce qu’il m’en souvienne ton livre n’était pas de cette veine certainement pas mu par la haine ?
Tu vois, avec le temps, ce mot me fait de plus en plus mal ! toujours présent chez les 39, par exemple, frères d’un temps. Ne faut-il pas percevoir que ce mot est comme une flamme, mais mauvaise, qui une fois lâchée, se reproduit, sans aucun ménagement, aucune attention, faisant sauter tous les barrages.
Ce n’est pas cela ta langue.

Pour reprendre l’accusé, l’Administration, celle d’alors ; en premier elle n’a jamais été ce monstre évoqué pur produit de nos fantasmes. Pour reprendre l’autre accusé, le plus récent le sieur Laforcade, il ne paraît pas méchant, ni armé de tout côté. A ces deux moments l’Administration est là mais c’est une donnée anonyme et sans coeur, car elle n’existe pas !
Hélas, c’est vrai, le rapport Laforcade est l’image même du désordre total qui amasse tout ce qu’il rencontre, le pire comme le meilleur, le meilleur comme la Commission et le Rapport Demay, auquel j’ai eu l’insigne honneur de participer de 1981 à 1983, aux côtés de Lucien Bonnafé ! tu te rends compte cette chance !!! hélas je n’ai pas l’impression d’avoir su transmettre beaucoup de sa lucidité de sa langue. Alors oui la sienne de langue, une poésie, que tu connais toi de façon intime. Eh bien c’est la première fois qu’un rapport officiel cite si longuement ce texte !
Sais-tu qu’il n’a jamais été publié par l’Etat ! Alors que travaillé et élaboré collectivement (23) dans les grands salons du Ministère de la Santé, et qu’il allait inspirer les travaux de la Commission officielle qui l’a suivi permettant d’aboutir à la loi de 1985 qui enfin officialisait le SECTEUR ! après 25 ans d’existence sous le manteau !
Le rapport Demay était trop provocant pour l’époque. Et voilà que Laforcade brise le tabou , et le cite (lui qui n’avait été publié que sous le manteau par les CEMEA, dans le numéro spécial 146 de VST, en avril-mai 1983 ! Ne serait ce que pour ce petit fait Laforcade mérite le respect, même s’il ne le sait pas. Favereau ne le sait pas non plus, et ne veut pas le savoir ce qui lui importe est de montrer qu’il sait massacrer un ignorant et un inconscient de ce qu’est la souffrance psychique, non sans quelque haine, mais adroitement sans employer le mot.
Car c’est là le mal de ce sieur Laforcade : l’inconscience totale de cette souffrance, une incapacité à la vivre à son tour de l’intérieur, comme tu sais si bien l’exprimer toi avec une langue fleurie, c’est tout ! A partir de là ce brave soldat de l’Administration est un éléphant dans un magasin de porcelaine, il amasse, il casse, il piétine... sans le savoir ! !!! Et ce rapport mélange le meilleur et le pire pour cette raison le saccager à notre tour nous revient dessus !
Comment nous saisir de ces beaux aspects que nous avons du coup nous aussi si violemment saccagés ? Attention aussi à cet emploi si facile de la violence, qui transparaît ici et là dans nos réactions, ce terme vient d’ailleurs et nous fait perdre pied. Bokobza en mairie du IV vendredi dernier l’a bien repris ! A la base c’est l’angoisse, l’agitation, la peur surtout qui anime tel ou tel d’entre nous. Quand par inadvertance nous y mettons le mot violence à la place tout bascule ! Le pouvoir des mots ! Tu connais cela.
Et c’est dans le peuple au milieu de nous que se secrète aussitôt ce mécanisme de rejet qui lui succède aussitôt, sans réfléchir, rejet qui n’aura de cesse, et qui au maximum passe par la haine, pour se défendre ! Tu l’as si souvent souligné ce pouvoir des mots, sa magie, son danger éventuel ; la lucidité est notre force majeure...
Allez J’arrête. Mais ce matin tu m’as fait du bien ! me permettant d’exprimer ce que ces jours derniers je n’ai su dire à d’autres après avoir bien mal écrit de mon côté !!!
Merci donc. Continue à perfectionner la langue et à la diffuser ainsi. Amitié. Guy

Annie V. :
Cher Guy Baillon,
Je n’accuse pas l’administration. Elle organise, fait ce qu’elle peut. C’est la langue que j’accuse lorsqu’elle se retourne contre ce qui est vivant, en tentant d’enfermer le vivant dans des algorithmes par exemple. Mon bouquin montre comment la parole circule dans un service, contient, fait barrage à l’angoisse, participe à l’ouverture tout en proposant, protection, souplesse, repères.

Guy Baillon :
Je pointais seulement le mot Haine. Amitié. Guy

Annie Vacelet :
Et moi, j’écris pour me reconnecter à cette part de la langue qui nous aime. »

20 octobre 2016.

Merci Guy Baillon… Je ne me laisserai donc pas faire par la langue telle qu’elle s’est laissée embringuer, asservir. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de faire partager cette impression d’avoir entendu nos paroles changer de qualité ; les paroles en circulation dans le service, celles des soignants, des patients, des artistes qui nous assistaient, des habitants de Bondy et de leurs élus, entrèrent un jour en littérature, tout naturellement, un beau jour, la métamorphose s’opéra sous mes yeux… et, c’est de cette expérience exceptionnelle que je me sens finalement la plus redevable, soutenue dans mon intuition par ce que rapporte Svetlana Alexievitch de sa rencontre avec la parole des victimes de Tchernobyl, dans son livre « La Supplication ».

28 janvier 2017.

J-42. En état de déréliction, un jeune migrant se défénestre. Ibtissam B., éducatrice spécialisée, seize ans de métier, lance l’alerte sur certaines conditions d’accueil, mais se retrouve du côté des accusés ! Dans le contexte inouï des grandes migrations actuelles, l’angoisse étant à son comble, pourquoi se retourner contre une professionnelle expérimentée ? Pourquoi l’institution se prive-t-elle de l’intelligence de ceux qui expertisent et soutiennent, au jour le jour, une réalité parvenue au summum de sa cruauté, vidée de tout imaginaire ou au contraire saturée d’un imaginaire stagnant, puant, ce qui revient au même, une réalité de plus en plus inhabitable ?

29 janvier 2017.

J-41. Remember, dans les années quatre-vingt, plus d’une cinquantaine de nationalités étaient déjà présentes en proche banlieue, et, si l’on considère, comme le suggère une patiente maghrébine dont la famille ne faisait alors que se disperser tous les jours un peu plus, que « si l’aéroport Charles de Gaulle n’est pas plus éloigné d’Alger que du centre de Paris », Bondy Nord se trouve également à égale distance de Chicago et de Doha, capitale du Qatar.

1 février 2017.

J-38. Aulnay 93. Viol à la matraque. Merci monsieur Sarkozy d’avoir supprimé la police de proximité, merci au gouvernement qui a suivi d’avoir entériner une politique, qui selon leurs calculs successifs ne servait à rien... rappelez-vous ces paroles infamantes adressées aux policiers d’un commissariat de la banlieue profonde par Sarkozy dès les premiers jours de son mandat de ministre de l’intérieur : « Vous n’êtes pas payés pour jouer au foot avec les jeunes. » C’était le 3 février 2003, à Bellefontaine, au lendemain des élections. Je me souviens très bien car c’était forcément filmé… du regard du chef des policiers resserrés en un petit groupe : préfet, colonel ou capitaine, surpris, blessé, gêné.

2 février 2017.

J-37. Chavela Vargas ! Allez la voix ! « Un jour du temple tu sortais, Pleureuse, Quand je t’ai vu passer, Un joli huipil tu portais, J’ai cru que tu étais la Vierge. Tout le monde m’appelle le Noir, Pleureuse, Noir mais affectueux, Je suis comme le piment vert, Pleureuse, Piquant mais savoureux. »

5 février 2017.

J-34. Paris 19. Des nouvelles de la Lecture-Performance à venir ? Peut-être nous ferons-nous antiques, avec des moyens simples, sept voix, deux micros, à la manière des Perses ou de Buck Mulligan, le héros de James Joyce. Rien n’est préparé. Cette lecture s’offre comme une occasion unique d’engendrement, la rencontre inopinée d’un texte et de sa métaphore théâtrale qui n’a pas d’autre visée que de s’extraire du fumier des habitudes. Remember : un soir de pleine lune, comme j’écoutais l’appel des bêtes qui peuplent le Sahara, je vis s’avancer en procession sur une musique de Xénakis, une foule d’hommes et d’enfants ; ils sortirent d’Agadès par la plus grande porte pour gagner ensuite l’étendue illimitée du sable.

6 février 2017.

J-33. La lecture aura lieu grâce à l’aimable participation de Sophie Regourd, Fatima Kaci-Doukhan, Laurence Ritter, Christian Liotard, Rehima Yahaoui, Sophie Raive, qui se relayeront, dans cet ordre, durant les sept ou douze heures que durera le marathon : aussi longtemps que la course légendaire des Athéniens et des Platéens contre les Perses en l’an 490 av. J.-C.

Portrait des lecteurs :

Sophie Regourd, infirmière psychiatrique, lectrice volontaire, garante de la clinique la plus attentive qui soit, de l’être-là, au chevet de patients, évolue entre éthique professionnelle et bascule radicale dans, par, au moyen du voyage. Le 11 mars, elle lira quelques pages du texte, parmi les premières, des pages chargées de désarroi mais également de joie.

Fatima Kaci-Doukhan, médecin-psychiatre, actrice, facilitatrice de rencontres inouïes, sera présente ; elle a choisi de lire un chapitre assez difficile où ce qui finit par se dire, va faire péter la baraque.

Laurence Ritter, experte en Feldenkrais et comédienne, se trouve, par le hasard de la distribution des pages, à devoir assumer la partie la plus théorique du livre, un chapitre ordonné de façon spiralique autour de l’articulation conceptuelle du symbolique, de l’imaginaire et du réel, selon Lacan. Est-ce clair ? Laurence, en prise avec le corps, les fluides du corps et leurs appuis dans l’espace, saura, sans aucun doute, nous ouvrir à la compréhension de la chose.

Christian Liotard, éducateur de rue, président des Cafés Littéraires de Montélimar, un garçon sans peur et sans reproche, nous fait l’honneur de participer à l’expérience hors du commun de cette performance. Il prend en charge la tranche la plus hésitante du texte, bégayante et suicidaire. Merci à lui de se frotter ainsi à l’appel du trou noir.

Réhima Yahiaoui, psychologue clinicienne, élève assidue d’Armand Gatti au théâtre, quant à elle, s’attaque au chapitre sombré, dévasté du livre : de la vraie charpie qu’il faudra qu’elle consolide, en direct, par tous les moyens car il faut que le message passe. Merci Réhima de t’aligner sur l’idéal de l’aéropostale, St-Exupéry, et d’assurer ce passage tarkovskien. Quand je pense à Stalker…

Sophie Raive, comédienne, amoureuse de l’art, des rêves, de la féerie, du rire en ville, mais aussi bucolique, nous fera l’amitié de lire la partie la plus drôle, presque clownesque, et néanmoins décisive du livre, puisqu’il s’agit de la toute fin, avec sa cohorte inévitable de petits bilans cruels et sanglants.

J’y serai moi aussi avec à charge d’introduire, dès le départ de la performance, les plans intriquées qui composent le texte : les descriptions du cadre institutionnel, la parole des personnes qui composent l’institution, les monologues des uns et des autres, de l’une des infirmières, fatiguée, furibarde, flouée par la démesure de la tâche à accomplir, mais principalement de la narratrice, qui se dit psychogéographe, et tente de restituer par l’écriture d’un journal, l’intensité de ce qui l’affecte au moment d’écrire.

7 février 2017.

J-32. Ce sera très bien, très risqué, une performance dans le sens où Winnicott l’entendrait : « To perform, to play » plutôt que « to game ».

8 février 2017.

Il y sera question de la vie dans la cité vue sous l’angle de la santé menthe à l’... eau.

16 février 2016.

J-23. Nous ferons revivre l’épopée d’une année de travail en psychiatrie comprise entre le mois de février 1991 et le mois de février 1992. Pourquoi un démarrage aussi brutal et cet arrêt soudain ? Quelle était la visée d’un tel découpage ? Aucune, mise à part qu’il était temps, urgent, d’inscrire notre pratique, et que je n’avais pas plus d’un an pour le faire, en cartographiant ce qui, hormis le soutien de l’Etat, agissait alors en force : la qualité exceptionnellement baroque et vivante de nos rêves, l’humour et le sérieux qui animaient notre imagination clinique et politique.

Avec ce texte conçu dès le départ comme une performance, il s’agissait également pour moi, de prendre la mesure de nos désillusions : après seize ans de pratique, repérer activement les chemins nous avions tracés et m’en servir, en cas de besoin, comme voies de retour.

24 février 2017.

J-15. La lecture aura lieu au Centre d’Anim, 2-4 rue des Lilas, un bâtiment moderne situé face au Monoprix, à l’exact opposé de l’endroit de la place où s’ouvre le métro : « Centre d’Anim », c’est écrit dessus. Prix d’entrée imposé : 4,28 euros si si si un prix très précis.

27 février 2017.

J-12. A l’occasion de la publication du livre collectif « Histoire mondiale de la France » Patrick Boucheron, facilitateur de joie, nous dit, lors de la performance des cent-vingt auteurs du livre, au théâtre de La Colline : « Reprenons l’histoire en main, cessons de nous mortifier ! Il ne faut pas laisser le récit national à la Droite ! Le récit n’appartient pas aux réacs ! »
Kantuta Q. :
- Bien dit !

Un livre acheté avec plaisir, que P. Boucheron m’a dédicacé en ces termes après que je l’eus informé de la performance du 11 mars : « Cette histoire... qui progresse par sauts et gambades, froissant la texture des rêves. » Merci monsieur !

1 mars 2017.

J-10. La Gazette du 19ème nous fait l’honneur et le plaisir d’annoncer la lecture à l’intérieur de sa rubrique Arts, loisirs, culture. Ah ! La vie de quartier, j’adore. Directeur de publication : François Dagnaud, maire du Paris 19, ce village aux frontières amovibles, composé de cent-quatre-vingt-neuf mille deux cents habitants, infra-supra-trans-formable, poussé cet été à se mouvoir d’un cran sous la pression de six mille migrants, un quartier romanesque qui me touche, dont je publierai certaines chroniques « sensitives » l’an prochain, mais, pardon ! Je cours chercher la Gazette papier à la pâtisserie du coin !

11 mars 2017.

Jour J. La lecture a lieu aujourd’hui même, avec Yves Musard, danseur à New-York, Marseille, Avignon, Paris, et dans le monde, qui nous fait la gentillesse de nous rejoindre virtuellement sur le lien suivant. The Magic word est atomictralala.

https://vimeo.com/81756538?ref=fb-share

Réf du film : Yves Musard Movement Catalogue 2013.
Rhys Chatham created the music for this trajectory in the Vallon des Auffes in Marseille,
2013. Filmed by Ker Pickett.

12 mars 2017.

Le jour après le Jour J. Dans l’après coup du lendemain, après sept heures de lecture, alors que nous sommes tous moulus de fatigue, le texte, lui, sort renforcé de l’expérience. Lors de cette performance, je l’ai bien écouté, je l’ai entendu frémir, feuler, jamais gémir. Ce texte est un iceberg dont six lectrices et un lecteur exceptionnels, de véritables athlètes, ont démontré la tenue. Mis a part les quelques rectifications qui s’imposent, il saura, dorénavant, passer seul tous les cap Horn.

Annie Vacelet, 12 mars 2017.