Vous êtes ici : Accueil » Lecture/Performance du livre "Le sentiment de la Psychogéographe" » Lecture/Performance Présentation...

Lecture/Performance Présentation...

D 8 décembre 2016     A Annie Vacelet    


2016 Lecture/ Présentation

Paris 19. Lecture/Performance du livre "Le sentiment de la Psychogéographe"11 Mars 2017 place des Fêtes. Présentation...

Ce livre me semble toujours d’actualité, peut-être parce qu’au moment de l’écrire, je me tenais loin de l’actualité... on pourrait également dire qu’il interroge, en partant d’un passé proche, la possibilité d’un travail à venir... ou bien qu’il fut écrit un peu trop tard (en 1991) pour être totalement optimiste... quant aux soins psys dits "de secteur"...

Bondy à la folie. (Retour au Sentiment de...) Bondy/ Pavillons-sous-Bois... il s’agissait pour moi d’isoler une tranche de la vie du 14ème Secteur psychiatrique rattaché à l’hôpital de Ville-Évrard, Seine-St-Denis... de manière quasiment expérimentale...

Avec Foucault et son Histoire de la folie, principalement l’appendice de 1972 qui fut ensuite exclu de toutes les éditions : dans laquelle il nous apprend à reconnaître ce qui de "la folie" reste irréductible à la "maladie mentale", aux discours médicaux, techniques ou scientifiques, échappe... Et ne cherche avec Freud qu’à faire remonter les mots " jusqu’à la région blanche de l’auto implication..." "ce creux où langue et parole s’impliquent" "où rien ne se dit d’autre que l’auto-implication d’une parole et de sa langue". (1)

Écrire, tenter de rejoindre cette " région pâle " délimitée par Foucault lisant Freud, - dont il écrit encore qu’il “fait apparaitre la folie non pas comme la ruse d’une signification cachée mais comme une prodigieuse réserve de sens"... me laisser mener par la littérature "cette étrange voisine de la folie" (chargée de récupérer la part d’insensé que la science n’aura pas réussi à mettre en équation.) et voir ce qu’elle peut nous dire de la dure et passionnante réalité du travail de cliniciens- chercheurs- bâtisseurs embarqués dans un institutionnel toujours en chantier, la rencontre directe avec les malades sur leurs lieux de vie... deux communes... la Cité... le théâtre de la vie...

Une expérience d’éciture qui a duré un an (1991) ni plus ni moins... une contrainte de temps qui m’était imposée par la nécessité de redevenir ensuite psychologue à plein temps, donne au texte sa forme hétérogène, quelquefois éclatée, avec ses impasses et ses horizons trop vastes... aveuglants.

Pour écrire, je me suis laissée guider par l’hypothèse, politique, esthétique, que le travail de Secteur est une création peu banale qui engage soignants et patients avec leurs idées, un arsenal de concepts-outils, mais aussi leurs désirs, leurs perceptions, leurs émotions/sensations.

J’ai donc consacré un an à faire un relevé personnel et consciencieux de ce qui se disait dans le Service psychiatrique de Guy Baillon, tout en m’intéressant à la manière dont c’était dit, sans privilégier les discours de prestance comme à la télévision mais en prélevant ce qui demandait à se dire... interjections, salutations, énervements, prise de conscience, désespoirs, dépassements, métaphores...

J’ai voulu transcrire des rythmes, accélérations, ralentissements, immobilisations, des tonalités, des consistances, des couleurs, des regards, des voix, une pré-écriture qui serait la cicatrice, la marque du passage entre un univers de silence et un univers de l’oralité (2).

Il m’a fallu, pour extraire ce texte du quotidien, faire reculer les idéologies, inviter l’œil redevenu sauvage à comprendre ce qui fait corps, comment ça prend, comment ça tient ou pas, un corps professionnel , un corpus théorique, l’image d’un corps… En mille traits aussi bien qu’en deux ou trois rythmes, en écrivant, je cesse d’être psychologue, ce livre est de la psychogéographie.

Il s’agissait de restituer le plus franchement possible la façon dont la parole circule dans/sur/ en-deça/au-delà/ dans les graves et les aigus de la bande passante d’un Secteur psy afin d’empêcher que les patients ne soient anéantis par les ruptures qu’impose un découpage "normatif" de la réalité, généralement peu inspiré, le plus souvent sorti du discours administratif - discours/délire qui se croit.

Les personnages du livre sont traités de manière réaliste (alors que le reste – monologues, harangues, rêveries) s’inspire plutôt de la Beat Generation, rythme, engagement du corps.) (3)

Ainsi le lecteur s’y retrouvera peut-être... en partie... ou pas …

Le livre, cherchant à rester fidèle à la façon dont le Secteur s’est construit entre 1974 et 1991, ne saurait se contenter d’être un scénario fermé ; il ne propose même pas de récit... à moins que...
La forme en est difficile ; il s’agit peut-être d’un texte-chimère, construit – c’est certain - en partant de plusieurs regards (4) qui ne se rencontrent jamais et déterminent une zone d’ombre le néant d’où tout peut resurgir pour de nouvelles créations. ©annievacelet 1993/2006/2016

1 - Michel Foucault Histoire de la folie... 1972. Appendices la folie, l’absence d’oeuvre.
2 - Le Clézio, Introduction à « Chants de Maldoror » de Lautréamont.
3 - Allen Ginsberg “Howl”.
4 - Paul Valéry cité par Julien Gracq à propos de Rodanski « La victoire à l’ombre des ailes ».