1995 - Presse concernant l’ACR

"Extra-Muros..."

D 1er juillet 2016     A Annie Vacelet    


Critiques :

11 mars 1995 : « Télérama » Martine Lecoeur12 Mars / 12 Avril 1995 « EXTRA-MUROS, CHRONIQUE DE LA FOLIE À BONDY » Atelier de Création Radiophonique dimanche 12 mars de 20H30 à 22H30, produit par Françoise Seloron.

Au départ il y a la démarche d’une équipe de psychiatrie "hors des murs" de I’asile et sa présence dans la ville, à Bondy, banlieue Est de Paris.Et puis le texte d’Annie Vacelet, l’une des "psy" de l’équipe, écrit à partir de paroles entendues, dedans et dehors, paroles d’infirmiers, de psychologues, de médecins, mais aussi paroles des patients, des amis, nouées à sa propre réflexion, sa propre vie, son propre cri. "On ne travaille plus avec les murs, vous savez, les vieux murs mais avec des repères qui existent et aussi des repères qu’on trouve en nous".

Le temps d’une émission de radio, se faufiler dans les pages du livre et tenter d’y faire vivre les pulsions, les émotions qui s’y cachent. Y mêler les voix "a vif" des soignés et des soignants, et celles, anonymes, de quelques habitants de Bondy. "Au fur et à mesure apparaissent les parcours de paroles très anodines, des passages en même temps qu’une chute, des systèmes d’appel, de résistance, des inventions liées a la douteur psychique... Il faut « écouter et beaucoup écouter ce que ça fait d’écouter".

Explorer les cris et les chuchotements, les brouhahas et les silences, les zones d’ombre et les fulgurances où "travaille" le soin psychiatrique, où circulent la parole- et l’écoute de l’autre. Prendre le risque de la déchirure . Capter, "recoller les morceaux" et transmettre le va-et-vient des mots et des voix où filtrent la souffrance, mais aussi les instants de plaisir, et les grandes interrogations sur le monde, l’actualité, la vie, la naissance, I’amour, l’exclusion, la mort.

Bien sûr, la ville aussi est là.présence pas toujours rassurante d’ailleurs, avec sa circulation, ses bruits de chantier, ses camions qui freinent au feu rouge, avec le canal de l’Ourcq et la Nationale 3 qui coupent Bondy en deux. Et le regard des autres, le mal-vivre des autres. Comment mettre a distance cet outil de protection que représentent les murs de l’asile et apprendre à apprivoiser le "dehors", malgré la violence et les difficultés qui l’entourent. Car c’est dans la cité que la psychiatrie publique a choisi de s’exercer aujourd’hui.au plus près des lieux où vivent les patients, ou nichent leur histoire et leurs repères, dans des unités de soins disséminées dans la ville, une villa entourée d’un jardin (l’hôpital de jour), une grande maison derrière la place de l’église (le centre de post-cure), des studios et appartements dans plusieurs cités HLM, et un "centre d’accueil et de crise" qui fonctionne 24 heures sur 24, alors que la" maison-mère", I’hôpital de Ville-Evrard est peu à peu abandonné .

Texte : "Le sentiment de la psychogeographe", d’Annie Vacelet ( by Tarika). Extraits lus par l’auteur et par Bernadette Le Saché, comedienne.

(Françoise Seloron, Radio France, France Culture)


11 Mars 1995
Dans le journal Libération, rubrique "Vous le journal de la vie quotidienne" Éric Favereau.

ECOUTER Dimanche de 20h30 a 22h30, sur France Culture.
« Extra-Muros », chronique de la folie a l’asile de Bondy, banlieue Est. Une émission de France Culture. Paroles entendues dans l’asile, hors l’asile, paroles d’infirmiers, de psychologues, de médecins, mais aussi paroles de patients, d’amis. Avec des extraits du livre d’Annie Vaceiet Ie Sentiment de la psychogeographe, édité by tarika
(Journal Libération, Éric Favereau)


France Culture - Dimanche - 20.30.

11 Mars 1995 : "Télérama" Martine Lecoeur.
PSYCHOGÉOGRAPHIE.

Dans les années 60, la psychiatrie rompt avec l’enfermement des « fous » et ouvre les portes des asiles, développant ce qu’on a appelé la psychiatrie de secteur : les structures se sont multipliées dans la ville — hôpitaux de jour, appartements thérapeutiques, diverses annexes, et « maisons-mères » plus ou moins lointaines. Les malades mentaux y ont certainement gagné ; l’Etat et la société, eux, se sont souvent acheté une bonne conscience, se déchargeant toujours davantage sur les équipes soignantes qui s’épuisent à jongler avec des moyens insuffisants et des politiques indifférents, et récupèrent de plus en plus d’exclus de la société.

A Bondy, c’est la ville, défoncée par les chantiers, qui semble folle, ou tout au moins les bruits des machines et de la circulation qui la font paraître telle. Cet Atelier de création se déroule dans un va-et-vient constant entre cette réalité sonore éprouvante et les lieux dispersés où l’on retrouve malades et soignants. Lieux de paroles, d’échanges, d’humanité. Les langages s’enchevêtrent. ne se rejoignent pas toujours : il a celui d’un livre (Le Senti- ment de la psychogéographe, editions Tarika), écrit par une psychanalyste de l’équipe, Annie Vacelet, aux accents trop durassiens : celui de la même, mais vivant, pertinent, qui secoue les consciences, bonnes et mauvaises ; celui du médecin-chef. Guy Baillon, qui donne sa cohérence au travail entrepris, liant le concret à « l’esprit d’utopie », et celui des patients qui parlent souvent « à côté », allant de la leçon apprise à la pure poésie.

De cette émission, on retiendra surtout le découragement et la révolte d’Annie Vacelet devant l’envahissement du social — « en plus de la souffrance, on doit endosser la pauvreté et le chômage » —, et sa crainte que la psychiatrie de secteur, sans le relais du monde du travail et de la société, ne « recrée des ghettos dans la ville, plus joyeux peut-être, mais... ». Et aussi la belle « utopie » de Guy Baillon qui voudrait « des mètres carrés et des hommes en quantité suffisante », et pouvoir préserver l’essentiel : « l’innovation » .

(Martine Lecoeur Journal Télérama)


11 Mars 1995 : "La semiane de Radio france" n°97, Chantal Gayet-Demaizières

CHRONIQUES DE LA FOLIE RENDUE A L’ORDINAIRE... Atelier de création radiophonique.

A Bondy, à l’est de Paris, la folie se vit hors les murs, se promène dans la ville, prend la parole et la partage, et apprivoise -depuis vingt ans- le monde du dehors, des autres, de la rue, des commerces et des bistros... La folie ? Mais quelle folie ? Appel à témoignage...

Ce n’est pas à un éloge de la folie, façon Foucault, que nous convient aujourd’hui Françoise Seloron et son équipe, mais d une sorte d’intrusion promenade, à la fois simple et intimiste, dans les lieux de vie et de parole où patients et soignants, habitants et amis, affrontent ensemble la souffrance, mais aussi les instants de plaisir, de découverte de soi-même et d’autrui, et les grandes interrogations sur le monde. Ici et là, comme en écho, quelques pages du livre écrit - à partir de paroles dites et entendues - par l’une des psy de l’équipe (*). « Pour bien parler de ce que nous faisons » affirme en effet Guy Baillon, psychiatre et médecin chef du secteur, « il faut être poète. Car si l’on prenait le mot à mot des paroles des patients, quelle merveille... ! Richesse de spontanéité, mots justes, perspicacité à notre égard, causticité, lucidité dans nos propres inconscients... Si on n’est pas poète, on ne sera pas bon thérapeute. Parce que l’on ne va pas avoir cette capacité de jouer, d’être une sorte de tissu qui frissonne devant tel rayon de lumière et qui renvoie des tas de choses... C’est pourtant de cela dont il s’agit. »

Ici, à Bondy, la folie perd son masque d’angoisse et d’effroi et les rapports sont ceux de respect, d’attention affectueuse, de calme et de douceur.

La folie ? Mais... quelle folie ?

Dedans, dehors, collective et au plus intime de 1’homme, elle est d’abord une différence à laquelle - ici et là - il faut apprendre à consentir.

(*) le Sentiment de la psychogéographe. Annie Vacelet ( By Tarika)

(Chantal Gayet-Demaiziere, Bulletin La semaine Radio-France)


6 Mars 1995 : "Le Monde Radio/Télévision, Armelle Cressard.

Chroniques de la folie à Bondy : France-Culture 20h30

FAIRE DISPARAÎTRE LES MURS.

Quand un jardin de curé entouré d’une barrière bleue devient un laboratoire où s’invente la psychiatrie de demain.

A l’origine, un cri !Un livre en forme de cri : le Sentiment de la psychogéographe (1), d’Annie Vacelet, membre d’une équipe de psychiatrie « hors les murs » à Bondy, banlieue est de Paris. Paroles « à vif » de soignés et de soignants : « On ne travaille plus avec les murs, vous savez, les vieux murs, mais avec des repères qui existent et aussi des repères qu’on trouve en nous. » Bouleversée par cet ouvrage, la productrice Françoise Seloron a voulu comprendre ce que signifiaient les mots folie, déchirure, dedans et dehors. Elle a d’abord feuilleté les pages du livre une à une, puis abandonnant le texte, elle a rencontré les habitants de Bondy, les bien-portants comme ceux qu’on dit fous, elle les a longuement écoutés.

Au dix-neuvième siècle, la seule façon de soigner les malades mentaux était de les enfermer dans des hôpitaux en forme de prison comme celui de Ville-Evrard dans la Seine-Saint-Denis. Aujourd’hui, la psychiatrie publique et sectorisée se pratique de plus en plus dans des petits centres de soins disséminés dans la ville. A Bondy, il y a une villa entourée d’un jardin avec une barrière bleue qui sert d’hôpital de jour, une grande maison près de l’eglise transformée en centre de post-cure et puis des appartements dans des cités HLM où vivent certains patients. Ceux qu’on appelle « les malades » passent sans cesse du dedans au dehors, et du dehors au dedans, pour bien se prouver que l’enfermement n’existe plus. Ils traversent la ville, prennent l’autobus, sans trop se soucier du regard des autres. Ils vont au café-tabac acheter leurs cigarettes et discuter avec des copains comme tout le monde. Dans le jardin de la grande maison, ils invitent parfois les voisins à prendre l’apéritif avec eux.

Un vieil immigré italien raconte comment était la ville dans les années 20 : un petit village perdu au milieu de la grande forêt de Bondy et il y avait même une scierie à la place du supermarché. Maintenant il n’y a plus de forêt, mais une banlieue bruyante déchirée par une nationale encombrée de camions. Pour rendre compte du contexte urbain, la productrice a donné volontairement à son reportage un arrière-plan tissé de brouhaha et de grincements de freins qui agace et gêne l’écoute.

Au-dela du bruit, les malades parlent d’amour et de guérison, les soignants parlent d’autonomie, de repères et de lien social, mais certains d’entre eux racontent leur lassitude. Intéressant.

(1) Le Sentiment de la psychogéographe, d’Annie Vacelet. Ed. Tarika, 156 p

ARMELLE CRESSARD, (Journal Le Monde)


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